mercredi 4 novembre 2015

Conférence de presse post-électorale (3ème partie)


- Voilà ! Nous sommes de retour sur ce plateau pour la troisième et dernière partie de notre "service après vente" des élections présidentielles qui viennent de se tenir en terre éburnéenne. Sur les dix candidats retenus au départ, trois, et non des moindres, ont finalement décidé de ne pas aller aux élections. La raison, qui leur est d'ailleurs commune, c'est que les conditions n'étaient pas réunies pour l'organisation du scrutin. Alors, qu'avez-vous à dire aux Ivoiriens aujourd'hui ? Doit-on toujours compter avec vous en politique ? Vous d'abord, monsieur Banny.


- Avant de répondre à votre question, je tiens à présenter mes excuses à mes électeurs et même à l'ensemble des Ivoiriens pour ce rendez-vous manqué. Mais si j'ai fait le choix de me retirer, c'est justement parce que j'aime mon pays et que je ne voulais pas le voir s'embraser à nouveau. Je ne vais pas le ressasser ici, mais tout le monde sait qu'aucune condition élémentaire de transparence n'était réunie pour aller à ces élections.
- Justement, on a quand même du mal à comprendre que vous ayez battu campagne dans ces conditions pour vous retirer à la veille du scrutin. Cela fait limite amateurisme, alors qu'on vous sait l'une des grosses têtes de la scène politique nationale.
- Auriez-vous un problème avec mon "kounglo" ? s'offusque l'ex-premier ministre.
- Non mais, monsieur Banny, faut le prendre au sens figuré évidemment, se justifie le journaliste, se rendant compte sur l'instant de l'heureuse coïncidence en l'espèce entre le propre et le figuré.
- O. K., c'est parce que j'ai espéré jusqu'à la dernière minute que les choses changent.
- Pardon de vous le dire aussi franchement, mais cela dénote d'une naïveté de votre part. Vous savez bien que dans ces circonstances là, les choses ne changent pas aussi facilement. De plus, vous ne pouvez pas être concomitamment candidat pour changer l'avenir de ce pays et déserteur quand le moment arrive justement de passer au vote.
- C'est parce que vous n'avez pas conscience que l’amour du pays et le respect des règles démocratiques forment un tandem d'indécision en moi.
- Tout compte fait, on vous aura bien compris. Mais aujourd'hui, quel est l'avenir politique pour Banny en Côte d'Ivoire ?
- Je suis là et je reste. Banny n'est ni banni ni béni. Je fais juste mon chemin...
- Merci, monsieur Banny, et rendez-vous pourquoi pas en 2020 ? A vous maintenant, monsieur Essy. On vous sait l'une des figures emblématiques du règne d'Houphouët. Mais est-ce parce que vous ne vous êtes pas retrouvé dans la peau du candidat unique comme le père de la nation que vous avez désisté ?


- Posez-moi les bonnes questions, s'il vous plaît, cher ami. Pourquoi me parler de candidature unique à moi quand on sait précisément le nom de celui qui en a rêvé pour ces élections ? Je ne suis pas Ouattara, O. K.? Et c'est justement pour cela que j'ai préféré me retirer.
- Oui, on aura remarqué que vous avez été le premier à vous retirer de la course à la présidentielle cette année. Mais justement, moi ça me fait craindre un peu pour vous, le fait qu'à peine dans la peau d'un vrai homme politique vous vous en départissiez. D'aucuns disent que l'Elysée vous a fait des promesses de soutien pour vous pousser à affronter le président. Qu'y répondez-vous ?
- Nous sommes décidément dans un pays de scénaristes. Allez donc demander à Hollande s'il a mon numéro dans son répertoire téléphonique. D'ailleurs, si c'était le cas, pourquoi me serais-je retiré alors que j'avais le soutien d'une grande puissance ?
- Qui sont vos parrains alors ? Excusez-moi, mais vous débarquez comme ça sur la scène politique, sans parti, sans représentation à l'échelon national. Vous comptez forcément sur quelqu'un...
- Oui, vous avez raison. Je comptais sur l'intelligence des Ivoiriens. Mais ce n'est pas ce qu'ils m'ont montré, hélas !
- Si vous commencez à insulter le peuple ivoirien, je crois qu'on ne va pas y arriver là...
- Et vous, ça vous va quand c'est l'homme politique qui est insulté ?
- O. K., monsieur Essy, dernière question. Vous avez également rendu les 100 millions offerts pour la campagne électorale. Des regrets ?
- Ecoutez, moi j'ai connu la vie avec Houphouët. Ne me parlez donc pas d'une affaire de miettes.
- C'est justement ce que je voulais vérifier. Merci d'être venu et place à notre dernier candidat.


- Oui, c'est pas grave. Je suis dernier à une élection sans tête ni queue. Il est clair que dans un contexte différent, j'aurais été au moins parmi les trois premiers.
- Monsieur Koulibaly, vous auriez pu me laisser vous saluer d'abord avec tout le respect qui vous est dû...
- Non, finissons-en. D'ailleurs, je sais que vous allez me demander pourquoi j'ai pris les 100 millions. Eh bien, laissez-moi vous dire que ça ce n'est rien. Ouattara me doit encore un bon paquet d'argent.
- O. K. C'est vous qui faites l'interview alors... Dans tous les cas, je me souviens que vous avez été ministre de l'Economie dans ce pays. Vous êtes donc bien placé pour faire vos comptes avec le président. Seulement, je ne crois pas que les Ivoiriens soient intéressés ce soir par vos affaires personnelles.
- Tout est une affaire de personnes en politique. Vous ne le savez pas ?
- Non, je croyais plutôt que c'était une affaire de programme et de projet de société.
- Eh bien, détrompez-vous, cher ami. Nous sommes dans le temple des coups bas et de la mesquinerie. En politique, surtout chez nous, on autorise même les coups en dessous de la ceinture. Il n'y a pas de règle, si vous voulez savoir.
- O. K. On vous sait très en colère contre les dirigeants actuels, et même contre vos anciens compagnons du FPI. Mais est-ce cela que vous voulez qu'on retienne de vous finalement ?
- Je ne veux rien de spécial en termes d'image. Les gens récusent mon franc-parler, c'est tout. Or je ne peux pas me taire pour leur faire plaisir. Et si vous voulez mon avis à propos de cette mascarade électorale, je vous dirais que tout est à reprendre. 
- D'accord. Tout sera repris en 2020, ne vous inquiétez pas.
- Eh bien, vous me ferez signe quand ce sera fait, dit le leader de LIDER en se levant.
- Voilà, chers téléspectateurs, quoi de mieux comme conclusion à cette émission ? Levons-nous tous alors. Et n'oubliez surtout pas de prier pour notre chère Côte d'Ivoire. Elle en a sérieusement besoin...

vendredi 30 octobre 2015

Conférence de presse post-électorale (2ème partie)


- Voilà, retour sur ce plateau pour poursuivre nos échanges avec les candidats aux récentes élections présidentielles. Si vous venez de nous prendre en marche, sachez que vous suivez en direct la conférence de presse post-électorale, la première émission qui donne la parole à tous les candidats réunis au même endroit pour livrer leurs impressions et leurs émotions suite aux résultats du scrutin. Tout à l'heure, avant l'interlude musical, nous venions d'échanger avec le trio de tête. Nous allons donc nous tourner à présent vers ceux qu'on pourrait qualifier de "petits candidats" puisqu'aucun n'aura réussi à obtenir même 1% des suffrages exprimés. Alors, madame Lagou, votre message féministe n'a apparemment pas trouvé beaucoup d'oreilles attentives.


- Voulez-vous dire que les femmes de ce pays sont mal entendantes ?
- Ce sont plutôt les urnes qui semblent le dire...
- Eh bien, le seul enseignement que je tire de ces élections, c'est que nous sommes dans un pays de machos. Oui, les hommes sont encore dans la vision phallocratique de la société : les femmes dans la cuisine, les hommes au boulot. Et c'est dommage. Moi, j'avais pourtant de grands projet pour ce pays...
- Vous pourriez remettre ça en 2020, qui sait ? 
- Si d'ici là, les hommes de ce pays changent leur vision de la gestion des affaires politiques en considérant le rôle de la femme.
- A vous entendre, on dirait qu'aucun homme n'a voté pour vous. De même qu'aucune femme n'a voté pour les candidats de sexe masculin. Est-ce que tout se résume à la question du genre finalement ? Parce qu'on a déjà l'impression que concept devient has been...
- Tout est une affaire d'hommes et de femmes dans la gestion de la vie en communauté. Pourquoi voulez-vous donc que l'on s'en démarque ? Vous avez l'intention d'introduire un troisième genre dans la société peut-être. Ou alors vous êtes l'ami des homosexuels...?
- Euh... Je crois que les Ivoiriens ont compris la substance de votre propos. Nous allons donc vous remercier pour le déplacement et passer au candidat suivant. Monsieur Konan Kouadio Siméon dit KKS, vous allez bien ?

- Oui, monsieur le journaliste. Je me porte comme un charme ? répond le candidat malheureux avec sa légendaire sérénité.
- J'ai envie de vous dire que la prophétie ne s'est à nouveau pas accomplie...
- Le temps est l'autre nom de Dieu.
- Sûrement. En plus, c'est vrai que vous êtes relativement jeune. On pourrait donc vous retrouver dans la course en 2035 par exemple.
- Ou même en 2100, je vous le concède. Dans tous les cas, ce que Dieu a révélé finit toujours par s'accomplir. Et je sais que je dirigerai un jour ce pays.
- Vous savez quoi ? Moi, je vous crois. Et je crois même que vous serez le meilleur président de ce pays, tout simplement parce que vous aurez eu tout le temps d'observer la gestion des autres et d'en tirer les leçons.
- La patience est un chemin d'or.
- Oui, oui. Justement quand le chemin est trop long, on dort.
- Épargnez votre humour de mauvais goût aux Ivoiriens. On nous suit en direct là.
- O. K. Pour être plus sérieux, comment allez-vous pouvoir tenir jusqu'en 2020 alors que vous avez refusé les 100 millions gratuits pour la campagne ?
- Dieu pourvoit toujours aux besoins de ceux qui croient en Lui. Je n'ai donc aucune inquiétude à ce sujet, cher ami.
- O. K. Je vois. En tout cas, Jesus revient bientôt. Espérons que vous prendrez le pouvoir avant Son retour.
- Oui, oui. Il m'a dit que c'est moi qu'Il attend, réplique froidement l'homme politique, la mine toujours d'une impassibilité déconcertante.
- Ah, je vois, dit le journaliste, réalisant qu'il y a plus fin ironique que lui. O. K. Nous nous adressons à monsieur Gnangbo Kacou à présent. Vos impressions, Honorable monsieur le député ?


- Je tiens d'abord à remercier toutes les personnes qui m'ont accordé leurs voix. Elles ont, par cette occasion, donné un sens à mon combat.
- Zut, on aurait vite su qu'on les aurait toutes convoquées ici pour que vous les remerciiez individuellement. Cela n'aurait pas pris beaucoup de temps en plus...
- J'ai l'impression que vous me cherchez là, cher ami. Je vais vous niquer, vous savez, menace le candidat. Je ne vais pas accepter que vous me tourniez en bourrique devant la population, parce que j'ai remarqué que vous êtes devenu très ironique depuis qu'on a commencé la seconde partie de cette émission. 
- Toutes mes excuses, mais c'est un peu cela aussi le sens de cette émission : montrer qu'on peut finalement rire de tout, même de la défaite ; et inculquer aux Ivoiriens une approche moins dramatique de la chose politique.
- Soit, mais faites attention au choix de vos mots.
- D'accord, d'accord. Alors, qu'en est-il de vos projets de fédéralisme ? Vous ne craignez pas que de telles idées accentuent les replis tribaux pour un Etat comme la Côte d'Ivoire ?
- Non, pas du tout. Le fédéralisme permet plus de développement local. Prenez l'exemple de l'Union Européenne.
- Oui, c'est vrai que c'en est un exemple fort éloquent, commente le journaliste avec un fin sourire. Eh bien, merci monsieur le député pour votre participation et rendez-vous bientôt à l'hémicycle pour d'autres belles idées.
- C'est moi qui vous remercie.
- Nous interrogeons à présent la seconde dame en lice dernièrement pour briguer la magistrature suprême. Eh bien, chère madame, on va dire que cela n'a pas été une sinécure ?


Immobilité corporelle, fixité faciale, mutisme tonitruant...
- Madame Kouangoua, vous êtes avec nous ?
- Oui, oui, bien sûr. C'est juste que je n'ai pas très bien compris votre dernier mot là. C'est... C'est un peu complexe quoi.
- Je disais juste que le scrutin n'a pas été facile pour vous.
- Ah oui, rien n'est facile dans la vie. Surtout en politique, monsieur.
- Je ne vous le fais pas dire. Justement, si l'on se réfère à votre slogan "Gouverner autrement avec Claire pour y voir plus clair", l'on serait tenté de dire que vous n'y avez vu que du feu finalement.
- Non, on n'a jamais parlé de feu dans notre programme de gouvernement. C'est vrai que nos parents en campagne vivent les ravages des feux de brousse, mais la solution ne viendra pas du palais présidentiel.
- Oui, on a pu le noter. D'ailleurs, pour parler des solutions que vous comptiez proposer une fois au palais, force est de dire qu'il n'y en a pas une tonne finalement.
- Et la tonne de cacao, vous en faites quoi ? Nous étions prêts, une fois au pouvoir, à revaloriser le tonnage de nos productions en matière de cacao et même de café, d'anacarde et tout ça. On voit que vous n'avez pas bien lu notre programme.
- Oui, vous avez sûrement raison. J'ai un problème de lecture s'agissant de votre programme de gouvernement. Mais bon, puisque vous semblez avoir mis un accent particulier sur tout ce qui est agriculture, moi j'ai envie de vous dire ce qu'on dit couramment à tous ceux qui rencontrent des problèmes d'insertion en ville : retournez à la terre.
- Oui, oui, je passerai le bonjour à votre grand-mère.
- La régie, une autre plage, s'il vous plaît, avant de passer à nos trois déserteurs...



jeudi 29 octobre 2015

Conférence de presse post-électorale (1ère partie)


Les élections présidentielles tant attendues se sont déroulées dans le calme ce dimanche 25 octobre. Les résultats tant attendus sont tombés au cours de la nuit du mardi 27 au mercredi 28. Et le scénario tant attendu - le fameux "un coup K. O." - s'est réalisé en faveur du candidat sortant. Tout le monde s'accorde à dire que le pays vient de prendre un nouvel élan dans sa dynamique de reconstruction et de développement infrastructurel en vue de l'émergence annoncée pour 2020.
La salle est bondée de journalistes issus de toutes les presses nationales et internationales venues couvrir l’événement.
- Mesdames et messieurs, merci de nous suivre en direct du Golf Hôtel pour cette émission inédite, annonce le présentateur. Dans quelques instants, la parole sera donnée à chacun des candidats aux récentes élections présidentielles. L'enjeu de ce "jeu", si vous me permettez l'expression, c'est de recueillir ici les impressions des différents candidats suite aux résultats qui viennent d'être annoncés par la CEI. Ce "service après vente des élections", réalisé pour la première fois dans l'histoire journalistique de notre pays, a pour objet de montrer à la face du monde que juste après s'être empoignés durant la campagne électorale, il est possible de se donner l'accolade de la paix aujourd'hui. Le mode opératoire de notre séance consistera à recueillir les réactions des candidats selon l'ordre de mérite. Sans plus tarder, nous nous tournons donc vers le nouveau président de la République de Côte d'Ivoire qui, vous l'aurez remarqué, n'est pas si nouveau que cela en fait. Alors, monsieur Ouattara, vos réactions après cette très nette victoire.


- Merci, monsieur le journaliste. Eh bien, je puis vous traduire toute ma satisfaction après la proclamation des résultats. Il est vrai que nous avions prédit notre victoire dès le premier tour, mais il faut reconnaître que nous ne l'avions pas imaginée aussi écrasante. C'est à croire que nos adversaires ont battu campagne pour nous, lâche le président réélu avec son habituel fin sourire. (Éclats de rire dans le public, surtout au premier rang, chacun des proches du président voulant rire plus fort que les autres pour se faire remarquer en vue de la très prochaine distribution des rôles...)
- Justement, monsieur le président, vos militants expliquent votre score fleuve par l'adhésion de l'ensemble des ivoiriens à votre vision de la nouvelle Côte d'Ivoire. Pensez-vous que le tableau soit aussi simpliste ?
- Mais vous le dites si bien, monsieur le journaliste, les ivoiriens savent aujourd'hui que la Côte d'Ivoire émergente vient vers eux à grands pas. Et qu'il ne peuvent l'embrasser que s'ils marchent dans mes pas. Ce qui s'est passé ce dimanche dans les urnes n'en est donc que la pure traduction. Avec moi, c'est la naissance d'un ivoirien nouveau dans une Cote d'Ivoire nouvelle.
- Parlant de nouveauté, qu'entreprendrez-vous en termes de gouvernance sociopolitique ? Je dois rappeler que si tout le monde s'accorde sur vos performances économiques, les questions de justice et de réconciliation demeurent entières... Ah, excusez-moi, on me dit dans le casque que le temps de parole de notre premier intervenant est épuisé.
- Dommage, cher ami, vous auriez sans doute dû commencer par ce sujet, remarque le président avec un sourire qui semble pourtant traduire tout son soulagement de n'avoir pas eu à répondre à cette dernière question.
- O. K. Place maintenant à monsieur Affi. J'ai tout de suite envie de vous demander en langage ivoirien : "qu'est-ce qui n'a pas marché ?"


- Laissez-moi vous dire que tout a bien marché, mon ami. La preuve, nous sommes arrivés en deuxième position.
- Oui, mais avec un score tellement insignifiant que vous n'avez pas pu contraindre le président sortant à un second tour.
- Quel second tour ? Nous même on n'a jamais prévu de second tour...
- Ah bon ? Comment ca ?
- Mais qu'est-ce que vous croyez ? Alassane n'a pas le monopole du "un coup K. O." Nous aussi c'était dans nos plans.
- Quoi ? s'étonne le journaliste avec un fin sourire. Il semble que vous étiez loin du compte finalement...
- Qui vous a dit ça ? Sur 6 millions d'inscrits sur la liste électorale, seulement 3 millions ont voté. A votre avis, de quel bord était l'autre moitié d'abstentionnistes ?
- Euh... Je sais pas, moi.
- Ce sont des gens de notre camp, bien évidemment. Mais nous leur avons donné la consigne de rester à la maison pour éviter de nous faire gagner dès le premier tour. En fait, à la dernière minute, on a eu pitié d'Alassane. Il parle tellement de son affaire d'émergence qu'on n'a pas voulu lui gâcher son plaisir. Mais dès qu'il finit ses ponts là en 2020, vous entendrez à nouveau parler de nous. En plus, ça nous donne l'occasion de préparer le retour de notre président.
- Justement, certains observateurs expliquent votre déroute par un problème de choix de personne. Ils affirment que vous n'êtes pas un "animal politique" de la trempe de l'ex-chef d'Etat. Les gens ont donc préféré l'attendre plutôt que de vous donner l'occasion de vous approcher du fauteuil.
- Allez donc dire à ces gens qu'ils ont raté leur formation. Qu'ils aillent apprendre à nouveau à observer la scène politique. Moi, je suis écouté à tous les échelons de notre machine politique. C'est juste un calcul politique qu'on a fait.
- Je n'en doute pas, figurez-vous. Et j'en profite pour vous remercier de votre participation à ce temps d'antenne.
- Je me tourne à présent vers monsieur Kouadio Konan Bertin, dit KKB. Alors, monsieur KKB, sans aucun parti pris, je dois avouer que vous m'avez vraiment bluffé. Réalisez-vous que vous, un candidat indépendant, êtes aujourd'hui la troisième force politique en Côte d'Ivoire ?


- C'est vous seul que cela étonne, répond l'ex-disciple de Bédié après s'être raclé la gorge. Sinon, nous, nous savons quel travail de mobilisation nous avons abattu sur le terrain.
- Mais que répondez-vous à ceux qui estiment que vous n'avez fait que vous retrouver dans une situation favorable ?
- C'est-à-dire ?
- Je vous explique : ils prétendent que vous n'avez été soutenus que par ceux qui en veulent à Bédié pour ne pas avoir voulu présenter un candidat au nom du PDCI RDA. En plus, vous auriez récolté des voix de gens qui étaient censés soutenir Banny avant la défection de celui-ci.
- Cela n'engage que vous, monsieur. Moi, j'ai émis des idées qui ont séduit. Bédié et Banny font ce qu'ils veulent, c'est leur problème.
- Parlant des idées, laquelle pensez-vous avoir particulièrement séduit les électeurs ?
- L'attiéké, évidemment. Vous n'en mangez pas, vous ?
- Euh... Il me semble bien qu'il ne s'agit pas ici de mes préférences culinaires...
- Ah si, justement. Moi j'ai su toucher le véritable problème des ivoiriens : le ventre. Tout ce qu'on fait actuellement comme constructions dans le pays est bien beau, mais on n'a jamais servi de gravier et de ciment au petit déjeuner. Par contre, le bon garba au thon chaud est toujours au rendez-vous.
- Attendez soyons sérieux une seconde, monsieur KKB.
- C'est vous qui jouez actuellement. Allez demander à l'ivoirien lambda le poids économique de l'attiéké et vous entendrez sa réponse. Même les ivoiriens de la diaspora rêvent toutes les nuits d'attiéké à l'huile rouge.
- Attendez, vous ne comptez tout de même pas bâtir votre stratégie économique pour les futures échéances électorales sur une histoire d'attiéké là !
- O. K., écoutez-moi bien. Si un jour, je vous surprends au garbadrome, je vous filme avec mon portable et je balance tout sur Facebook. Je prends les ivoiriens à témoin...
- La régie, s'il vous plaît, une plage musicale avant de passer aux candidats de moins de 1%...

dimanche 4 octobre 2015

Qu'est-ce qu'un homme normal ?


Eh bien, un homme normal aujourd'hui, c'est celui qui a au moins une maîtresse et une copine, qui découche donc souvent, qui a signé un pacte de non agression avec l'alcool, qui aime traîner avec ses amis sous prétexte que l'air est plus pur dehors, qui ment aussi facilement que pour dire "bonjour", qui fait des promesses au milieu du mois alors qu'il attend désespérément la fin du mois... Mesdames, si vous avez un homme de ce genre, arrêtez de vous plaindre et remerciez le ciel. Oui, bénissez le Seigneur, car il vous a simplifié la vie en vous évitant les mauvais et les pires.
 Ces derniers, ce sont ceux qui vous font vivre des cauchemars. Ce sont ceux qui seraient prêts à coucher avec votre mère pour de l'argent, vous battent pour passer le temps, se droguent quotidiennement, sont impliqués dans des trafics et autres affaires louches...
Puis il existe une autre catégorie d'hommes. Ceux-là sont vraiment bizarres. Oui, on ne sait pas d'où ils viennent parce qu'ils ne font absolument rien de tout ce que je viens de citer. Mesdames, si vous en rencontrez un, ce n'est pas la peine de jubiler en vous disant que vous venez de rencontrer le meilleur des hommes sur terre. Indiquez-lui plutôt la direction du ciel, car il ne s'agit que d'un ange égaré sur la terre...

vendredi 2 octobre 2015

Finalement, le coupable c'est la vie...


La vie et la mort ont toujours été présentées comme deux facettes d’une même réalité : l’une heureuse, l’autre malheureuse ; l’une rayonnante, l’autre obscure…
On naît au milieu des sourires, des applaudissements, des cris de joie… Puis on part en faisant couler des larmes de tristesse et d’abattement. On franchit le pas macabre en déchirant les cœurs, en faisant réaliser des roulés-boulés de douleur à nos proches. Face à cette réalité mitigée, on célèbre logiquement la vie, on la magnifie. On se lie, on s’allie à la vie. Inversement, on en veut à la mort, on lui fait un procès, on la condamne…
La mort, on la déteste légitimement. On la hait. On la vomit… D’autant plus qu’on sait qu’elle nous attend et que l’on ne peut échapper à son souffle implacable. Cette faucheuse vient frapper autour de nous, coupant l'herbe sous le pied même des plus jeunes, brisant mille et un projets de vie en mille morceaux. La mort, on la maudit, on lui crache les imprécations les plus profondément enfouies dans le ventre de la terre. En fait, on réalise qu'elle n’est qu’un sursis ; la mort nous donne juste l’illusion d’être vivants…
Mais aujourd’hui, je n’ai pas envie de blâmer la mort. Je la sais déjà si cruelle... Je veux plutôt parler franchement à la vie. Oui, lui parler entre quatre yeux. Pourquoi donc nous tend-elle ce piège ? Car finalement, on se rend compte que la mort n’a rien demandé. Elle était tranquille dans son coin. C’est la vie qui nous livre à la mort. Si on ne vit pas, on ne meurt pas. Et quand tu es né, tu es mort... C'est donc la vie qui nous vend du faux. C'est elle qui commence ce qu’elle ne peut terminer. Elle nous sert à volonté un enchantement auquel elle met lâchement fin en se tirant sans crier gare. La vie est en réalité coupable, oui coupable de meurtre. Ou plutôt coupable d'assassinat puisqu'elle a tout planifié dès le début. Oui, le jour même de notre naissance - mieux, dès l'instant même de notre conception - la vie a déjà prévu la date et les circonstances de notre livraison à la mort. Ah, la vie, quelle chienne ! Elle se joue de nous, elle abuse de nous, elle se fout de nous. Complice de la mort, va ....!
Puisque nous sommes des morts en puissance, vaut mieux se tenir à carreau. Oui, faut arrêter de se prendre pour le centre de la terre en s'arc-boutant sur nos piètres miettes de gloire. Qu'es-tu dans l'univers ? En réalité, ton corps dans l'univers est comme une goutte d'eau dans la mer. Elle pourrait bien s'en passer...
Cet article, je sais que je ne l'achèverai jamais. C'est pourquoi je veux à présent juste prier. Puisque la mort, quoiqu’on fasse, est un rendez-vous qu’on ne peut manquer, je demande au Seigneur de la retarder au maximum. Car même si la mort ne doit pas faire peur à de futurs morts, la mort précoce, elle, est terrifiante. Je prie donc Dieu de nous donner la grâce de réaliser nos projets et de faire oeuvre utile sur terre avant que le duo-duo vie-mort ne nous mette au centre de son jeu ténébreux. Prions, oui prions pour vivre vieux... Amen !

jeudi 24 septembre 2015

La Tabaski vue par les moutons

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Dialogue entre deux moutons à la veille de la Tabaski...
- Eh Allah ! Si seulement demain pouvait ne pas arriver...!
- Hum, faut rêver seulement. Depuis l'instant où on t'a attaché à ce poteau, tu devais t'attendre à être sacrifié le jour de leur fameuse fête là. Moi, je suis plutôt pressé que le jour se lève pour qu'on en finisse.
- J'admire vraiment ta bravoure. Mais moi, je ne suis pas encore prêt pour mourir. Pourquoi si jeune, snifff !?
- Tu crois que les hommes ont consulté ton extrait d'acte de naissance avant de te programmer ? Laisse-moi donc rire. Même s'ils avaient eu ton petit frère, ce serait pareil. A plus forte raison toi qui as déjà commencé à chercher femme.
- A ce propos, j'ai même pas eu le temps de dire au revoir à ma chérie coco. Si je savais j'allais faire mon dernier coup en même temps la dernière fois qu'on s'est vus.
- Toi tu es vraiment bête comme mouton quoi ! On te parle de machette qui attend ton cou, et toi c'est à position de saute-mouton tu penses. Vraiment...
- Faut pas m'insulter ici hein. Toi au moins, tu as eu le temps de préparer ta succession. Moi je vais mourir sans héritier.
- Ah, tu as vu non ? Vous les petits frères, quand on vous dit de préparer l'avenir là, vous passez votre temps à utiliser des contraceptifs. Tu as vu maintenant non ?
Le plus jeune sanglote encore un moment.
- Je viens d'avoir une idée. Mais est-ce que ça là même c'est possible ?
- Raconte !
- En fait, comme ils ne mangent que la viande halal, je me dis qu'il est préférable que je me suicide. Comme ça au moins, ils ne vont pas me braiser...
- Je pensais que tu avais quelque chose d'intéressant à dire, or tu es toujours dans tes bêtises là. Qu'on te fasse frire ou que tu te suicides, mort c'est pas mort ?
- Oui, mais c'est mieux de ne pas se faire bouffer. Je préfère être enterré.
- Ou plutôt jeté dans le premier égout. Et puis, avec quoi tu comptes te suicider alors même que tu es attaché ici ?
- Je pense à trouver un poison.
- Ah, tu en vois qui traîne par ici ?
- La peinture qui est sur ce mur par exemple.
- Je vois que tu n'as vraiment rien compris au cours de physique-chimie du maître Boigny. Qui t'a dit que la peinture est un poison ?
- Juste pour tenter voir.
- Ecoute, rends-toi plutôt utile. J'ai le dos qui me démange actuellement. Pardon, faut passer derrière moi tu vas gratter un peu.
Le jeune mouton s'exécute. Et tout à coup, il a un éclair.
- Grand frère, je crois que je viens de trouver l'idée qui va vraiment nous sauver !
- Pardon hein, je suis fatigué d'écouter tes âneries.
Le petit fait à peine attention à l'humiliante comparaison avec l'âne, plutôt lancé dans sa dynamique salvatrice.
- Ecoute-moi, je t'assure que tu vas pas regretter.
- Ouais, cause toujours. 
- Voilà, vu ma position actuelle, je me dis que les hommes seraient tellement choqués s'ils nous trouvaient en train de nous accoupler qu'ils nous relâcheraient sans hésiter.
Le plus âgé marque son admiration par un bêlement des plus saccadés.
- Pas mal, ton idée ! T'es pas si bête que ça finalement. Oui, déjà qu'ils condamnent l'homosexualité entre humains, c'est pas en nous voyant faire ça qu'ils auraient envie de nous manger... Mais entendons-nous bien, c'est juste parce qu'il s'agit d'une question de vie ou de mort hein, sinon moi aussi je suis homophobe.
- Et moi donc ! Tu penses que ton popotin bizarre là m'attire vraiment ? D'ailleurs, je te cède la place du mâle dans cette affaire. 
- Est-ce que tu as le choix ?
- C'est juste parce que je n'ai pas envie de sentir ta bourse pendouiller.
- O. K. On commence dès le lever du jour. Essaie de ne pas trop dormir.
- Sinon, tu sais comment me réveiller, non ?
Et, ragaillardis, ils attendent patiemment le chant du coq pour infliger à leurs tortionnaires le choc de leur vie...


dimanche 30 août 2015

Le (bon) père de famille


Il est le premier à sortir. Et le dernier à rentrer...
Très souvent incompris, mésestimé, le père de famille est pourtant celui qui fait évoluer la cellule familiale à divers niveaux. Il a effectivement un rôle primordial à jouer dans sa maison. Il pense la stratégie à mettre en place pour tirer constamment les siens vers l'avant. Que ce soit au niveau financier comme à celui de l'éducation (scolaire, sociale, religieuse...) des enfants, il se doit de répondre toujours présent. Il est celui que tout le monde regarde quand il s'agit de régler un problème. Il est donc le seul qui vit constamment sous pression. Pourtant, il ne reçoit pas toujours la juste récompense de ses efforts acharnés.
Du haut de son rôle de rempart, le père de famille ne doit descendre dans l'arène que quand cela s'impose. Il doit ainsi se garder d'intervenir dans des affaires futiles. Il ne doit prendre la parole que pour trancher ou décider utilement. Mais il ne doit pour autant se transformer en tyran s'il ne veut voir imploser son édifice familial. Le bon père de famille est en somme celui qui joue au mieux ce rôle d'équilibriste consistant à souffler alternativement le chaud et le froid. La famille ainsi emmitouflée dans ce cocon permanent de tiédeur ne s'en portera que mieux.
"Il sort trop !", aiment elles souvent à se plaindre. Mais qui choisiriez-vous, mesdames, entre un homme qui sort pour aller chercher la pitance quotidienne des siens et un autre qui reste allongé dans le divan pour attendre la manne céleste ? Soyons bien réalistes ! Bien sûr, l'argument suivant est : "Il ne sort pas que dans l'intérêt de la famille, mais plutôt souvent pour aller s'amuser avec ses amis et/ou des minettes". Oui, c'est souvent vrai. Mais sachez, chères mesdames, que le poids de la responsabilité qui pèse sur les épaules de votre homme est tellement lourd à porter qu'il est parfois important pour lui de s'en décharger pour souffler un peu et s’oxygéner les méninges. L'homme aura donc toujours ce réflexe d'évasion. Il vous appartient de lui apporter le soutien dont il a besoin plutôt que de lui offrir le spectacle inutilement bruyant d'une scène de ménage. Seule une attitude conciliante vous fera garder votre homme, car le réflexe du bras de fer n'a jamais servi à régler un problème.
Le père de famille a juste besoin d'être écouté, respecté. C'est cela seul qui disposera son cœur à rendre sa famille heureuse...

PS : Mon message ne concerne pas tous ces pères de famille qui ont démissionné de leur noble rôle et qui ne se résument plus qu'à des épaves humaines...!