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vendredi 3 juin 2016

Le peuple se sentira mieux le jour où...


LE PEUPLE SE SENTIRA MIEUX LE JOUR OÙ...
- le Président de la République sera le Président de tous les citoyens
- le Premier Ministre sera le premier à démissionner quand son équipe travaille mal
- le Ministre de l’Économie et des Finances fera faire des économies au pays en évitant de distraire ses finances
- le Ministre du Budget saura éviter la confusion entre le budget de l’État et son budget personnel
- le Ministre de l'intérieur et de la Sécurité pourra se rendre à l'intérieur (du pays) sans sécurité (renforcée)
- le Ministre de la défense ira au front en cas de crise militaire
- le Ministre des Affaires Étrangères cessera de tremper dans des affaires étranges- le Ministre de l'Emploi sera traité comme un employé
- le Ministre de la Justice pourra être poursuivi en justice
- le Ministre de l’Éducation Nationale et le Ministre de l'Enseignement Supérieur scolariseront leurs enfants ailleurs que dans les écoles des pays développés
- le Ministre du Pétrole et de l’Énergie apprendra à payer le carburant et à subir lui aussi les coupures d'électricité
- le Ministre des Infrastructures pourra parcourir le pays tout entier par la route
- le Ministre de l'Industrie consommera autre chose que des produits importés
- le Ministre du Logement paiera son loyer ou l'impôt foncier
- le Ministre du Plan et du Développement fera plus de plans pour le développement du pays que de plans d'évasion fiscale
- le Ministre des Transports empruntera les transports en commun pour en apprécier le confort
- le Ministre du Commerce saura qu'il n'est pas là pour faire la concurrence aux commerçants
- le Ministre des TIC saura souscrire à un pass internet
- le Ministre des Ressources Animales et Halieutiques cessera de s'empiffrer de protéines en demandant à la population de serrer la ceinture- le Ministre de la Santé se soignera au CHU
- le Ministre de l'Agriculture donnera lui-même l’exemple du retour à la terre
- le Ministre de la Construction saura combien coûte la tonne de ciment ou un chargement de sable
- le Ministre de la Salubrité Urbaine et de l'Assainissement recevra devant son portail le stock d'ordures non enlevées
- le Ministre de la Culture réussira à réconcilier tous les artistes chanteurs pour qu'ils arrêtent de nous casser les oreilles
- le Ministre des Eaux et Forêts acceptera d'élever un caïman et un tigre pour démontrer son attachement à la nature
- le Ministre des Sports pourra représenter le pays dans l'une des disciplines des Jeux Olympiques pour y décrocher enfin la médaille d'or tant attendue
- le Ministre de l'Artisanat acceptera de se reconvertir en artisan en cas de remaniement ministériel
- le Ministre de la Communication n'aura droit à aucune chaîne de télévision ou de radio internationale
- le Ministre du Tourisme pourra servir de guide touristique à travers les parcs et réserves naturelles de jour comme de nuit
- le Ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l'Enfant pourra démontrer que son mari n'a pas un second foyer
- le Ministre de la Fonction Publique acceptera d'être sous-payé comme un fonctionnaire
- le Ministre de la Promotion de la Jeunesse n'aura pas une calvitie
 - le Ministre de la Solidarité acceptera de partager son salaire par élan de solidarité pour ses voisins
- le Ministre des Droits de l'Homme et des Libertés Publiques réussira à prouver que les hommes ont des droits et des libertés fondamentales.
NB : Trois choses importantes à retenir : 
1/ Ce message a pour but de faire descendre nos dirigeants de leurs tours d'ivoire et de leur faire comprendre ce que vit réellement le peuple au quotidien
2/ Il se peut que les ministres dont je n'ai pas parlé n'intéressent pas le peuple
3/ Rien ne prouve que je parle de la Côte d'Ivoire...

mercredi 4 novembre 2015

Conférence de presse post-électorale (3ème partie)


- Voilà ! Nous sommes de retour sur ce plateau pour la troisième et dernière partie de notre "service après vente" des élections présidentielles qui viennent de se tenir en terre éburnéenne. Sur les dix candidats retenus au départ, trois, et non des moindres, ont finalement décidé de ne pas aller aux élections. La raison, qui leur est d'ailleurs commune, c'est que les conditions n'étaient pas réunies pour l'organisation du scrutin. Alors, qu'avez-vous à dire aux Ivoiriens aujourd'hui ? Doit-on toujours compter avec vous en politique ? Vous d'abord, monsieur Banny.


- Avant de répondre à votre question, je tiens à présenter mes excuses à mes électeurs et même à l'ensemble des Ivoiriens pour ce rendez-vous manqué. Mais si j'ai fait le choix de me retirer, c'est justement parce que j'aime mon pays et que je ne voulais pas le voir s'embraser à nouveau. Je ne vais pas le ressasser ici, mais tout le monde sait qu'aucune condition élémentaire de transparence n'était réunie pour aller à ces élections.
- Justement, on a quand même du mal à comprendre que vous ayez battu campagne dans ces conditions pour vous retirer à la veille du scrutin. Cela fait limite amateurisme, alors qu'on vous sait l'une des grosses têtes de la scène politique nationale.
- Auriez-vous un problème avec mon "kounglo" ? s'offusque l'ex-premier ministre.
- Non mais, monsieur Banny, faut le prendre au sens figuré évidemment, se justifie le journaliste, se rendant compte sur l'instant de l'heureuse coïncidence en l'espèce entre le propre et le figuré.
- O. K., c'est parce que j'ai espéré jusqu'à la dernière minute que les choses changent.
- Pardon de vous le dire aussi franchement, mais cela dénote d'une naïveté de votre part. Vous savez bien que dans ces circonstances là, les choses ne changent pas aussi facilement. De plus, vous ne pouvez pas être concomitamment candidat pour changer l'avenir de ce pays et déserteur quand le moment arrive justement de passer au vote.
- C'est parce que vous n'avez pas conscience que l’amour du pays et le respect des règles démocratiques forment un tandem d'indécision en moi.
- Tout compte fait, on vous aura bien compris. Mais aujourd'hui, quel est l'avenir politique pour Banny en Côte d'Ivoire ?
- Je suis là et je reste. Banny n'est ni banni ni béni. Je fais juste mon chemin...
- Merci, monsieur Banny, et rendez-vous pourquoi pas en 2020 ? A vous maintenant, monsieur Essy. On vous sait l'une des figures emblématiques du règne d'Houphouët. Mais est-ce parce que vous ne vous êtes pas retrouvé dans la peau du candidat unique comme le père de la nation que vous avez désisté ?


- Posez-moi les bonnes questions, s'il vous plaît, cher ami. Pourquoi me parler de candidature unique à moi quand on sait précisément le nom de celui qui en a rêvé pour ces élections ? Je ne suis pas Ouattara, O. K.? Et c'est justement pour cela que j'ai préféré me retirer.
- Oui, on aura remarqué que vous avez été le premier à vous retirer de la course à la présidentielle cette année. Mais justement, moi ça me fait craindre un peu pour vous, le fait qu'à peine dans la peau d'un vrai homme politique vous vous en départissiez. D'aucuns disent que l'Elysée vous a fait des promesses de soutien pour vous pousser à affronter le président. Qu'y répondez-vous ?
- Nous sommes décidément dans un pays de scénaristes. Allez donc demander à Hollande s'il a mon numéro dans son répertoire téléphonique. D'ailleurs, si c'était le cas, pourquoi me serais-je retiré alors que j'avais le soutien d'une grande puissance ?
- Qui sont vos parrains alors ? Excusez-moi, mais vous débarquez comme ça sur la scène politique, sans parti, sans représentation à l'échelon national. Vous comptez forcément sur quelqu'un...
- Oui, vous avez raison. Je comptais sur l'intelligence des Ivoiriens. Mais ce n'est pas ce qu'ils m'ont montré, hélas !
- Si vous commencez à insulter le peuple ivoirien, je crois qu'on ne va pas y arriver là...
- Et vous, ça vous va quand c'est l'homme politique qui est insulté ?
- O. K., monsieur Essy, dernière question. Vous avez également rendu les 100 millions offerts pour la campagne électorale. Des regrets ?
- Ecoutez, moi j'ai connu la vie avec Houphouët. Ne me parlez donc pas d'une affaire de miettes.
- C'est justement ce que je voulais vérifier. Merci d'être venu et place à notre dernier candidat.


- Oui, c'est pas grave. Je suis dernier à une élection sans tête ni queue. Il est clair que dans un contexte différent, j'aurais été au moins parmi les trois premiers.
- Monsieur Koulibaly, vous auriez pu me laisser vous saluer d'abord avec tout le respect qui vous est dû...
- Non, finissons-en. D'ailleurs, je sais que vous allez me demander pourquoi j'ai pris les 100 millions. Eh bien, laissez-moi vous dire que ça ce n'est rien. Ouattara me doit encore un bon paquet d'argent.
- O. K. C'est vous qui faites l'interview alors... Dans tous les cas, je me souviens que vous avez été ministre de l'Economie dans ce pays. Vous êtes donc bien placé pour faire vos comptes avec le président. Seulement, je ne crois pas que les Ivoiriens soient intéressés ce soir par vos affaires personnelles.
- Tout est une affaire de personnes en politique. Vous ne le savez pas ?
- Non, je croyais plutôt que c'était une affaire de programme et de projet de société.
- Eh bien, détrompez-vous, cher ami. Nous sommes dans le temple des coups bas et de la mesquinerie. En politique, surtout chez nous, on autorise même les coups en dessous de la ceinture. Il n'y a pas de règle, si vous voulez savoir.
- O. K. On vous sait très en colère contre les dirigeants actuels, et même contre vos anciens compagnons du FPI. Mais est-ce cela que vous voulez qu'on retienne de vous finalement ?
- Je ne veux rien de spécial en termes d'image. Les gens récusent mon franc-parler, c'est tout. Or je ne peux pas me taire pour leur faire plaisir. Et si vous voulez mon avis à propos de cette mascarade électorale, je vous dirais que tout est à reprendre. 
- D'accord. Tout sera repris en 2020, ne vous inquiétez pas.
- Eh bien, vous me ferez signe quand ce sera fait, dit le leader de LIDER en se levant.
- Voilà, chers téléspectateurs, quoi de mieux comme conclusion à cette émission ? Levons-nous tous alors. Et n'oubliez surtout pas de prier pour notre chère Côte d'Ivoire. Elle en a sérieusement besoin...

jeudi 29 octobre 2015

Conférence de presse post-électorale (1ère partie)


Les élections présidentielles tant attendues se sont déroulées dans le calme ce dimanche 25 octobre. Les résultats tant attendus sont tombés au cours de la nuit du mardi 27 au mercredi 28. Et le scénario tant attendu - le fameux "un coup K. O." - s'est réalisé en faveur du candidat sortant. Tout le monde s'accorde à dire que le pays vient de prendre un nouvel élan dans sa dynamique de reconstruction et de développement infrastructurel en vue de l'émergence annoncée pour 2020.
La salle est bondée de journalistes issus de toutes les presses nationales et internationales venues couvrir l’événement.
- Mesdames et messieurs, merci de nous suivre en direct du Golf Hôtel pour cette émission inédite, annonce le présentateur. Dans quelques instants, la parole sera donnée à chacun des candidats aux récentes élections présidentielles. L'enjeu de ce "jeu", si vous me permettez l'expression, c'est de recueillir ici les impressions des différents candidats suite aux résultats qui viennent d'être annoncés par la CEI. Ce "service après vente des élections", réalisé pour la première fois dans l'histoire journalistique de notre pays, a pour objet de montrer à la face du monde que juste après s'être empoignés durant la campagne électorale, il est possible de se donner l'accolade de la paix aujourd'hui. Le mode opératoire de notre séance consistera à recueillir les réactions des candidats selon l'ordre de mérite. Sans plus tarder, nous nous tournons donc vers le nouveau président de la République de Côte d'Ivoire qui, vous l'aurez remarqué, n'est pas si nouveau que cela en fait. Alors, monsieur Ouattara, vos réactions après cette très nette victoire.


- Merci, monsieur le journaliste. Eh bien, je puis vous traduire toute ma satisfaction après la proclamation des résultats. Il est vrai que nous avions prédit notre victoire dès le premier tour, mais il faut reconnaître que nous ne l'avions pas imaginée aussi écrasante. C'est à croire que nos adversaires ont battu campagne pour nous, lâche le président réélu avec son habituel fin sourire. (Éclats de rire dans le public, surtout au premier rang, chacun des proches du président voulant rire plus fort que les autres pour se faire remarquer en vue de la très prochaine distribution des rôles...)
- Justement, monsieur le président, vos militants expliquent votre score fleuve par l'adhésion de l'ensemble des ivoiriens à votre vision de la nouvelle Côte d'Ivoire. Pensez-vous que le tableau soit aussi simpliste ?
- Mais vous le dites si bien, monsieur le journaliste, les ivoiriens savent aujourd'hui que la Côte d'Ivoire émergente vient vers eux à grands pas. Et qu'il ne peuvent l'embrasser que s'ils marchent dans mes pas. Ce qui s'est passé ce dimanche dans les urnes n'en est donc que la pure traduction. Avec moi, c'est la naissance d'un ivoirien nouveau dans une Cote d'Ivoire nouvelle.
- Parlant de nouveauté, qu'entreprendrez-vous en termes de gouvernance sociopolitique ? Je dois rappeler que si tout le monde s'accorde sur vos performances économiques, les questions de justice et de réconciliation demeurent entières... Ah, excusez-moi, on me dit dans le casque que le temps de parole de notre premier intervenant est épuisé.
- Dommage, cher ami, vous auriez sans doute dû commencer par ce sujet, remarque le président avec un sourire qui semble pourtant traduire tout son soulagement de n'avoir pas eu à répondre à cette dernière question.
- O. K. Place maintenant à monsieur Affi. J'ai tout de suite envie de vous demander en langage ivoirien : "qu'est-ce qui n'a pas marché ?"


- Laissez-moi vous dire que tout a bien marché, mon ami. La preuve, nous sommes arrivés en deuxième position.
- Oui, mais avec un score tellement insignifiant que vous n'avez pas pu contraindre le président sortant à un second tour.
- Quel second tour ? Nous même on n'a jamais prévu de second tour...
- Ah bon ? Comment ca ?
- Mais qu'est-ce que vous croyez ? Alassane n'a pas le monopole du "un coup K. O." Nous aussi c'était dans nos plans.
- Quoi ? s'étonne le journaliste avec un fin sourire. Il semble que vous étiez loin du compte finalement...
- Qui vous a dit ça ? Sur 6 millions d'inscrits sur la liste électorale, seulement 3 millions ont voté. A votre avis, de quel bord était l'autre moitié d'abstentionnistes ?
- Euh... Je sais pas, moi.
- Ce sont des gens de notre camp, bien évidemment. Mais nous leur avons donné la consigne de rester à la maison pour éviter de nous faire gagner dès le premier tour. En fait, à la dernière minute, on a eu pitié d'Alassane. Il parle tellement de son affaire d'émergence qu'on n'a pas voulu lui gâcher son plaisir. Mais dès qu'il finit ses ponts là en 2020, vous entendrez à nouveau parler de nous. En plus, ça nous donne l'occasion de préparer le retour de notre président.
- Justement, certains observateurs expliquent votre déroute par un problème de choix de personne. Ils affirment que vous n'êtes pas un "animal politique" de la trempe de l'ex-chef d'Etat. Les gens ont donc préféré l'attendre plutôt que de vous donner l'occasion de vous approcher du fauteuil.
- Allez donc dire à ces gens qu'ils ont raté leur formation. Qu'ils aillent apprendre à nouveau à observer la scène politique. Moi, je suis écouté à tous les échelons de notre machine politique. C'est juste un calcul politique qu'on a fait.
- Je n'en doute pas, figurez-vous. Et j'en profite pour vous remercier de votre participation à ce temps d'antenne.
- Je me tourne à présent vers monsieur Kouadio Konan Bertin, dit KKB. Alors, monsieur KKB, sans aucun parti pris, je dois avouer que vous m'avez vraiment bluffé. Réalisez-vous que vous, un candidat indépendant, êtes aujourd'hui la troisième force politique en Côte d'Ivoire ?


- C'est vous seul que cela étonne, répond l'ex-disciple de Bédié après s'être raclé la gorge. Sinon, nous, nous savons quel travail de mobilisation nous avons abattu sur le terrain.
- Mais que répondez-vous à ceux qui estiment que vous n'avez fait que vous retrouver dans une situation favorable ?
- C'est-à-dire ?
- Je vous explique : ils prétendent que vous n'avez été soutenus que par ceux qui en veulent à Bédié pour ne pas avoir voulu présenter un candidat au nom du PDCI RDA. En plus, vous auriez récolté des voix de gens qui étaient censés soutenir Banny avant la défection de celui-ci.
- Cela n'engage que vous, monsieur. Moi, j'ai émis des idées qui ont séduit. Bédié et Banny font ce qu'ils veulent, c'est leur problème.
- Parlant des idées, laquelle pensez-vous avoir particulièrement séduit les électeurs ?
- L'attiéké, évidemment. Vous n'en mangez pas, vous ?
- Euh... Il me semble bien qu'il ne s'agit pas ici de mes préférences culinaires...
- Ah si, justement. Moi j'ai su toucher le véritable problème des ivoiriens : le ventre. Tout ce qu'on fait actuellement comme constructions dans le pays est bien beau, mais on n'a jamais servi de gravier et de ciment au petit déjeuner. Par contre, le bon garba au thon chaud est toujours au rendez-vous.
- Attendez soyons sérieux une seconde, monsieur KKB.
- C'est vous qui jouez actuellement. Allez demander à l'ivoirien lambda le poids économique de l'attiéké et vous entendrez sa réponse. Même les ivoiriens de la diaspora rêvent toutes les nuits d'attiéké à l'huile rouge.
- Attendez, vous ne comptez tout de même pas bâtir votre stratégie économique pour les futures échéances électorales sur une histoire d'attiéké là !
- O. K., écoutez-moi bien. Si un jour, je vous surprends au garbadrome, je vous filme avec mon portable et je balance tout sur Facebook. Je prends les ivoiriens à témoin...
- La régie, s'il vous plaît, une plage musicale avant de passer aux candidats de moins de 1%...

lundi 6 avril 2015

Je suis kenyan... et tout le reste


Il y a quelque mois, je clamais "Je suis Charlie". Aujourd'hui, l'horreur m'est encore plus proche. Kenya, université de Garissa... Au moins 148 morts dont 142 étudiants, chrétiens en majorité. Des innocents massacrés seulement parce qu'ils ont choisi d'adorer Dieu différemment. Leurs bourreaux, les mêmes fanatiques qui sèment la mort partout dans le monde sous prétexte d'y instaurer un nouvel ordre religieux. Mais je l'ai dit dans un précédent article  : "Je n'ai jamais lu le Coran, mais je doute fort qu'il soit un manifeste pour appeler au crime gratuit." Aucune écriture Sainte n'incite d'ailleurs au crime. Quant à l'argument du crime religieux, il est inopérant car les religions sont déjà trop multiples pour espérer que l'humanité n'en pratique qu'une seule. Et puis, bien que l'idéal soit que tous les hommes croient en Dieu, suivre le Créateur me paraît être plus un  acte de foi - donc volontaire - que quelque chose qui s'impose au prix du sang.
Il est clair que tous ces actes de barbarie gratuite ne rendent personne optimiste quant à la marche de l'humanité. Les hommes sont majoritairement hypocrites, se jalousent, se détestent, s’entre-tuent... Et c'est d'autant plus dommage dans le contexte africain que le continent a déjà pas mal de siècles de retard sur l'évolution de ce monde. Vivement donc que les chefs d'Etat et autres forces vives du continent noir montrent plus d'ardeur à s'unir contre cette terreur ambiante plutôt que d'aller s'éponger le visage d'émotion sous d'autres cieux.
Par ailleurs, j'ai titré "... et tout le reste" pour ne pas avoir à faire un article chaque fois que ces gens feront parler d'eux. Oui, je le sens, il y aura malheureusement d'autres actes de ce genre près de nous ou sur d'autres terres. Il reste seulement à espérer que Dieu lui-même remette assez rapidement à l'endroit les cervelles de ces déréglés.
Pour finir, je prie pour que, en cette période pascale, les âmes de toutes ces victimes du Kenya et de partout ailleurs connaissent également la résurrection, cette étape qui les conduira vers la vie éternelle...!



mardi 3 mars 2015

Bocaux arables


Ils soutiennent que "l'éducation occidentale est un péché". Raison pour laquelle ils détruisent, avec un acharnement exacerbé, toutes ces choses qui rappellent l'Occident : écoles, églises, supermarchés, etc. Vieillards, estropiés, femmes, enfants... Ils n'épargnent personne. Il suffit qu'ils vous jugent appartenir de par vos convictions ou habitudes au camp occidental. Pourtant, ils utilisent les véhicules de l'Occident pour se déplacer. Ils utilisent les armes de l'Occident pour semer la mort et la désolation. Ils placent leurs sales tronches face aux caméras fabriquées par l'Occident pour passer leurs messages incendiaires. Ils portent même avec une inélégance ostensible des tenues qu'ils n'ont pas fabriquées eux-mêmes. En clair, c'est ce qui s'appelle manquer de logique ou encore être en contradiction avec soi-même. Mais ils sont beaucoup trop incultes pour s'en rendre compte...
Je le précise tout de suite, je ne suis pas franchement l'un des meilleurs amis de l'Occident parce que pour moi, dans l'histoire de l'Humanité, Occident rime bien trop souvent avec Accident. Seulement, moi je mets en avant la valeur de la vie humaine. Oui, quelle qu'en soit la couleur, la vie humaine est sacrée et doit rester telle. Pourquoi donc au nom d'un fondamentalisme doublé d'un fanatisme religieux, des individus se permettent-ils de débarrasser la terre de toutes ces vies qu'eux seuls estiment n'y avoir pas place ? J'espère vraiment être là quand ils en répondront devant le Créateur, unique décideur de la destinée humaine. Heureusement, rien de ce qu'ils pensent et font n'est écrit dans aucun Livre Saint...
Je suis tellement dégoûté que je préfère m'arrêter là...

jeudi 8 janvier 2015

#Je suis Charlie...




J’ai particulièrement mal depuis hier, après le drame qui a emporté toute l’équipe de rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. Douze personnes assassinées lâchement à leur poste de travail… ! Et d’autres qui ont eu la chance de n’être que grièvement blessées… Rien ne saurait ni ne saura jamais justifier une telle barbarie.

Ces abrutis prétendent l’avoir fait au nom de la religion… Ah, quelle bande d’incroyants ! Je n’ai jamais lu le Coran, mais je doute fort qu’il soit un manifeste pour appeler au crime gratuit. Aucune écriture Sainte n’encourage d’ailleurs au meurtre. « Tu ne tueras point », dit la Bible en son ancien testament. Et je suis sûr que le Coran contient au moins une disposition similaire. J’emploie bien le terme « disposition » parce que dans ces deux livres Saints sont consignées les lois divines, celles qui fondent réellement la vie et la destinée de l’espèce humaine.

Je vois certains se réjouir de cette tragédie sous prétexte qu’ils auraient des arguments anti-français. Moi-même je ne suis pas vraiment un ami de la France, parce que je trouve à bien des égards que la France n’est pas franche. Mais laissez-moi vous dire que le terrorisme n’a pas de frontières. Et donc que ce qui vient d’arriver chez nos amis les Gaulois pourrait survenir n’importe où dans le monde. Il suffit que ces gens se sentent juste un peu taquinés pour réagir comme ils savent si bien le faire : de façon disproportionnée !!!

La provocation, c’est bien l’argument qu’ils invoquent pour soutenir leur acte inqualifiable. N’importe quoi… Y aurait-il encore un seul être humain sur terre si tous ceux qui se sentent provoqués réagissaient de la sorte ? D’ailleurs, de quelle provocation parle-t-on ? Va-t-on brûler toutes ces personnes dont le métier est justement de s’exprimer librement ? Moi je vois et j’entends à longueur de journée des gens critiquer, ridiculiser, injurier l’Église. J’en vois même qui blasphèment contre le nom du Christ. Mais je ne prends pas pour autant des armes pour semer la mort. Je ne monte pas pour autant une faction terroriste pour supprimer tous ceux que moi je juge incroyants. La meilleure réponse pour moi, c’est au contraire de continuer d’aller à l’Église tous les dimanches. Oui, il n’y a pas meilleure réplique aux insultes contre Dieu que de continuer de croire en Lui. C’est seulement de cette manière que ceux qui l’insultent verraient qu’ils perdent leur temps et qu’ils pourraient même être touchés par sa lumière.

Que ces barbares ne me parlent surtout pas de guerre sainte, car aujourd’hui en 2015 les jeux sont faits. Vous ne réussirez jamais à imposer une religion à l’humanité. Moi-même j’ai déjà eu à rêver de ce monde où tout le monde croirait non seulement en Dieu, mais aussi par le même canal. Mais j’ai vite réalisé que je suis venu trop tard dans un monde déjà vieux. Les religions sont déjà trop multiples pour espérer que tous les hommes n’en pratiquent qu’une. C’est regrettable, mais c’est comme ça. Chacun a déjà choisi de croire en Qui – ou même en quoi – il veut. Il faut donc plutôt mettre en avant la tolérance religieuse, c’est-à-dire accepter que celui qui est en face ne pratique pas la même religion que soi. Au surplus, on peut tenter de le convertir par l’enseignement. Mais la voie du crime religieux est absolument à bannir, car seul Dieu a droit de vie et de mort sur toutes ses créatures.

Rangez donc vos kalaches pour lire plus souvent les saintes écritures. Tant qu’on ne fait que vous provoquer et qu’on ne vous empêche pas de pratiquer votre religion, laissez Dieu lui-même régler les comptes au dernier jour.

Pour l’instant, j’ai une seule chose à vous dire : vous avez voulu tuer Charlie, vous l’avez au contraire rendu immortel... !

lundi 5 août 2013

Sortir de la dépendance...




 
« Son excellence Monsieur le Président de la République, (Je citai ensuite tous les autres officiels.)… chers amis jeunes, (Une nouvelle envolée de hourras m’obligea à interrompre pendant quelques secondes mon propos.) c’est un honneur incommensurable pour moi de prendre la parole en ce jour anniversaire de notre pays. Notre chère Côte d’Ivoire a aujourd’hui cinquante ans et je me réjouis de tout l’engouement qu’il y a autour de cet événement. Cinquante ans dans la vie d’une nation, c’est un bel âge pour faire le bilan. Au-delà de toute cette atmosphère festive, il importe en effet de jeter un regard rétrospectif sur la marche de notre pays. C’est le lieu de saluer la mémoire du Père fondateur qui, à travers des choix certes pas toujours unanimes, mais judicieux et parfois pragmatiques, a jeté les bases d’une Côte d’Ivoire forte et prospère. (Le moment le plus important de mon discours était arrivé : là où les autres s’étalaient en dithyrambes à l’endroit du Président de la République, moi, j’allais passer à l’offensive.) Mais, qu’avons-nous fait de l’héritage du « vieux » ? demandai-je à brûle-pourpoint en haussant volontairement le ton. Qu’on m’excuse si je peux paraître rabat-joie, mais c’est pour trouver la réponse à cette question fondamentale que la jeunesse ivoirienne m’a donné mandat pour parler et agir en son nom. (La clameur qui s’éleva depuis le pont était sans précédent de toute ma mémoire de défenseur des droits. A l’inverse, les officiels assis à quelques mètres devant moi affichaient des mines inquisitrices.) Vous dites des jeunes de ce pays qu’ils sont irresponsables, qu’ils sont immatures, qu’ils sont fous… Tout cela est peut être vrai. Mais, ces qualificatifs ne valent-ils pas également pour vous ? (Echange de regards choqués aux premiers rangs contrastant avec la frénésie des jeunes. J’avais en tout cas décidé de profiter de cette tribune inespérée pour dénoncer avec la dernière énergie l’attitude trop souvent égoïste de nos dirigeants. Et ceux qui disaient m’apprécier pour ma courtoisie allaient devoir pendant un moment se faire à la manifestation – heureusement assez rare – de ma bête intérieure.) Croyez-vous être mieux que nous ? poursuivis-je, la langue plus débridée que jamais. Ne nous avez-vous pas appris ces dernières années que la conquête ou la conservation du pouvoir par tous moyens passait avant les intérêts nationaux ? D’ailleurs, puisque vous aimez tant faire de l’histoire, au moment où le peuple était inconsolable au soir du 7 décembre 1993, ne battiez-vous pas quant à vous tous les records olympiques de vitesse pour vous précipiter au palais vous disputer le pouvoir ? Qu’avez-vous ensuite fait du prestige, de la renommée de notre pays ? De terre de paix, nous en sommes bien arrivés aujourd’hui à une véritable jungle. Oui, en l’espace de quelques années, nous avons connu quasiment tout ce que ce monde renferme comme horreurs. Coups d’Etat, rébellions, conflits armés, escadrons de la mort, charniers, assassinats, enlèvements,… La liste, vous la compléterez vous-même. Tout ce pacifisme qui nous différenciait de tant de nations et qui nous valait le respect du monde entier s’est envolé d’un seul coup sans doute pour rejoindre son initiateur. Par vos actes, vous avez bien montré au Père fondateur de la nation que vous n’aviez cure de sa culture de la paix. Cela ne vous paraît-il pas en effet paradoxal qu’il existe un prix international pour la recherche de la paix du nom de notre premier Président et que justement le pays qu’il nous a laissé soit aujourd’hui en proie à des actes belliqueux ? Apparemment, vous n’avez pas encore eu le temps d’y réfléchir. Au contraire, pour vos intérêts personnels, vous ne savez faire des ivoiriens que des martyrs. Et pour nous qui avons la chance d’être encore en vie, l’avenir est on ne peut plus ombrageux. Avez-vous jamais appris que politique et humanisme sont deux notions qui ne s’excluent pas forcément ? Sinon, essayez à tout le moins de concilier vos fonctions avec l’intérêt suprême de la nation qui est censé les sous-tendre. Trop de sang a coulé pour rien dans ce pays. Et croyez-moi, le sang des innocents finit bien souvent, on a d’ailleurs pu le noter déjà sous d’autres cieux, par réclamer celui de ceux qui le répandent. J’ose espérer que dans notre cas, la guerre de laquelle nous sortons aura vu couler les dernières gouttes de sang que cette terre absorbera jamais aussi gratuitement. Ce cri de cœur est bien entendu valable pour ceux des Etats africains ici représentés où la violence est devenue le mode d’acquisition par excellence du pouvoir. Quant à ceux qui n’ont jamais fait la sombre expérience de la guerre, j’espère qu’ils s’en garderont à tout jamais, car il n’y a que ceux qui ont connu la guerre qui savent le mieux le prix de la paix. (Le conciliabule que je vis alors au bas du podium entre les préposés à l’organisation et les membres de la sécurité me fit me dire que mon temps de parole était certainement épuisé. Ou plutôt, c’est la trajectoire de mon propos qui dérangeait. Dans tous les cas, je n’entendais pas lâcher le micro sans avoir exprimé tout le fond de ma pensée. Là-dessus, les plus observateurs avaient sans doute remarqué que depuis la « déviation » de mon discours, j’avais abandonné mes papiers, ne parlant plus qu’avec le cœur. D’ailleurs, mes collaborateurs qui avaient une copie du texte initial devaient être plus que déroutés.)
Par ailleurs, votre insouciance sur le terrain politique influe plus ou moins directement sur les autres domaines de la vie de l’Etat. Qu’est en effet devenue notre économie ? De notre état de relative bonne santé financière dans les deux premières décennies de notre indépendance, nous en sommes aujourd’hui, sinon dans le coma, à tout le moins sous sérum. Comment en sommes-nous arrivés là ? Certes, et c’est l’argument qu’on nous brandit depuis des siècles, les grandes puissances et les organisations internationales y sont pour quelque chose. Cela a indubitablement une part de vrai et là-dessus, messieurs le Directeur Général du FMI et le Président de la Banque Mondiale ici présents, pour ne citer qu’eux, ne nous diront pas le contraire. Mais, nous peuple ivoirien et peuple africain en général n’en sommes pas plus excusables. Si on a réussi à nous mettre sur la potence, c’est parce que nous avons nous-mêmes fourni la corde, mais en plus gentiment offert le cou. A la lecture des divers accords économiques signés par nos Etats avec l’Occident, on a tous la même exclamation : quel manque de vigilance ! Ou tout simplement, que de manque de caractère, de réaction voire de bon sens ! Plus largement, si la mondialisation nous évite de vivre en autarcie en nous connectant au reste du monde et donc à l’évolution, il nous importe d’ouvrir davantage les yeux sur les pièges qu’elle recèle. Coopération d’accord, mais prudence d’abord. (Assis au second rang, monsieur le ministre français des affaires étrangères en fut saisi d’une brusque quinte de toux.) De nombreux Etats, notamment asiatiques, qui d’ailleurs étaient à la traîne il y a quelques décennies, ont pu s’en tirer à bon compte. Pourquoi pas nous ? Arrêtons maintenant d’accuser les blancs qui n’ont su que profiter de nos propres turpitudes. On va même jusqu’à rendre le bon Dieu responsable de nos malheurs…, observai-je avec un triste sourire. Il est temps de se remettre en cause, car les origines de notre marasme économique sont aussi et surtout endogènes. Que de ratés en effet dans la planification de nos stratégies de développement ! Comment voulez-vous que nos produits d’exportation acquièrent réellement de la valeur ajoutée si aucune politique viable d’industrialisation n’est pensée a fortiori mise en place ? J’ai mal de voir que les ivoiriens, premiers producteurs de cacao au plan mondial, achètent hors de prix les produits qui en dérivent alors que les occidentaux, dont plusieurs d’ailleurs n’ont jamais vu de toute leur vie une fève de cacao, bénéficient en la matière de conditions plus avantageuses. Par ailleurs, qu’est-ce qui nous empêche tant d’intensifier la coopération sud-sud ? De toute évidence, les pistes sont nombreuses pour nous remettre sur les rails de la croissance et en la matière je ne suis pas plus avisé que les éminents économistes que comptent nos pays. Mais trop d’idées ont été émises qui sont restées dans les tiroirs. Il est temps de faire preuve de plus de volonté. Et passer à l’action suppose que nous nous débarrassions au préalable de ce coriace adversaire qui nous maintient les mains dans le dos : j’ai nommé la corruption. (Les jeunes gens poussèrent de nouvelles clameurs tandis que mes interlocuteurs immédiats n’en finissaient pas de rajuster qui leurs cravates, qui leur position dans les fauteuils rembourrés. D’ailleurs, alors que j’allais entamer le développement du fameux sujet, je vis un homme en costume gravir lestement les marches de l’estrade pour foncer sur moi. Mais, persuadé qu’on n’oserait pas me jeter du podium devant toutes les caméras nationales et internationales qui retransmettaient la cérémonie en direct, je résolus de ne me soucier aucunement de cette intervention.)
- Monsieur, veuillez conclure, fit-il en se penchant à mon oreille, sur un ton qu’il voulait sévère.
Je n’allais sûrement pas m’arrêter en si bon chemin…
- La corruption est l’un des maux, sinon le plus grand mal qui gangrène non seulement notre économie, mais toute notre vie, martelai-je sans le moindre regard pour l’agent de sécurité qui, embarrassé, finit par redescendre sans doute pour aller chercher du renfort ou à tout le moins demander de nouvelles instructions. Et il nous appartient, vous les premiers, de tout mettre en œuvre pour éradiquer ce fléau. Trop de détournements de deniers publics, trop de rackets sur nos routes et à nos frontières, trop de pots-de-vin et de dessous-de-table dans nos administrations… Le tout sur un beau fond d’une impunité basée elle-même sur des immunités qu’on se forge bien trop souvent en marge des dispositions légales. Et la loi, Dieu seul sait si nos magistrats en sont vraiment les gardiens… enchaînai-je pour savourer ma petite victoire sur le service de sécurité.
Bref, au delà de ce tableau politico économique des plus sombres, le constat sans doute le plus alarmant réside au niveau social, car si le peuple est dans toute démocratie l’incarnation du pouvoir constituant originaire, les peuples africains en général ne servent que de souffre-douleur aux gouvernants. Comment pouvez-vous mépriser de la sorte ceux pour qui vous prétendez exercer le pouvoir ? (A défaut d’une réponse à cette question, j’obtins de nouvelles clameurs d’encouragement.) Essayez par moments de vous rappeler sinon la totalité, au moins l’essentiel vos promesses électorales. Ce peuple qui vous a donné mandat pour le diriger n’a sûrement jamais demandé le sort qui est le sien à l’échelle du continent. Ici, nous ne demandons pas la dolce vita, mais un minimum de dignité dans nos vies quotidiennes. Ici nous voulons vivre et non plus survivre. Arrêtez donc de vous servir du peuple au lieu de le servir comme vous le promettez sans cesse avec tant d’emphase. (Le volet social était à n’en point douter le plus préoccupant, car toutes mes phrases étaient à présent ponctuées de hourras des plus fanatiques.) Nous avons besoin de centres de santé non seulement en quantité, mais de qualité. Nous ne supportons plus, surtout dans nos campagnes, de voir mourir nos parents entre nos mains seulement parce que nous avons à les transporter sur des dizaines voire des centaines de kilomètres avant le premier dispensaire. Cela est inadmissible que seuls les fonctionnaires – et pas tous d’ailleurs – bénéficient d’une assurance maladie alors qu’en sont privés les paysans qui produisent plus de la moitié de la richesse nationale ainsi que les autres catégories sociales dont les artisans, les élèves et étudiants ; tous ces infortunés constituant d’ailleurs la quasi-totalité de la population nationale. Nous exigeons également davantage d’infrastructures dont prioritairement des routes, car comme on a coutume à le dire : « La route précède le développement. » Permettez à nos parents paysans d’écouler plus facilement leurs produits en désenclavant nos villages. Nos agglomérations ont besoin d’être approvisionnées en eau potable. Les maladies hydriques font beaucoup trop de victimes parmi nous pour que nous continuions à créer les conditions de leur propagation. Dans la même optique, nous revendiquons un environnement plus sain, car de tous les produits vitaux dont a besoin notre organisme, l’air est à n’en point douter le seul qui soit à la portée de tous. Organisez alors un enlèvement et un recyclage plus efficaces des ordures  ménagères et industrielles pour que nous ne respirions plus à longueur de journée ces horreurs nauséeuses. D’ailleurs, les immondices d’ordures n’ont rien de décoratif. Et si vous pensiez le contraire, c’est que vous manquez cruellement de goût. Nos villes et nos villages ont aussi besoin d’être électrifiés. Comment comprendre que nous ayons tant de barrages hydroélectriques pour ne citer que cela et que nous soyons pour la majorité encore à nous chercher dans le noir ? Pire, nous même qui nous croyions jusque là à l’abri des ténèbres devons composer aujourd’hui avec sans doute le pire délestage que notre pays n’ait jamais connu. D’autre part, et cela est incontournable, les enfants de Côte d’Ivoire veulent aller à l’école. (Après cette énième exigence, j’entendis malgré la relative distance me séparant de la lagune, des voix scander mon nom. Mon propos devait leur sembler un discours de campagne électorale. D’ailleurs, d’après les regards des dirigeants de partis politiques que je pouvais apercevoir, ceux-ci me considéraient certainement comme un hypothétique adversaire pour les futurs combats électoraux. Quoi qu’il en fût, je n’avais guère d’intérêt pour des postes susceptibles d’altérer mon jugement et mes convictions personnelles. Tout ce qui m’importait, c’était de remettre à la lumière du jour des questions qu’on tentait perfidement de faire basculer dans l’ombre.) « L’éducation, disait un sage, est la clé du développement humain et de la construction de l’avenir. Si riche que puisse être une nation, si ses citoyens ne reçoivent pas d’éducation, elle n’a pas d’avenir. » Il faudrait pour ce faire construire plus d’écoles et au surplus reformer le système éducatif lui-même depuis la maternelle jusqu’au supérieur pour une école plus performante. Que les acteurs du monde éducatif prennent leurs responsabilités. Que les professeurs par exemple se contentent d’assumer leur fonction d’enseignement au lieu de donner dans le mercantilisme. Mon neveu me confiait récemment qu’à l’oral du baccalauréat, l’un des examinateurs lui a proposé la note de 15/20 contre la somme de cinq mille francs. (Sur ces mots, des murmures houleux s’emparèrent de l’assistance.) Où est donc passé ce culte de l’excellence, de la méritocratie ? N’y a-t-il donc plus de place dans ce pays que pour le mieux offrant ? Quelle est donc cette école qui, plutôt que le temple du savoir, tend à en devenir celui de la médiocrité et de la complaisance ? Il faudra également trouver la meilleure adéquation possible entre la formation et l’emploi. Avez-vous idée du nombre de jeunes titulaires pour la plupart de diplômes universitaires, mais qui sont réduits, pour les plus vertueux, à exercer des métiers informels ? Vous en avez sans doute connaissance. Mais ce qui est certain, c’est que vous n’en avez cure. Vous êtes pourtant prompts à dire non sans une hypocrisie mal déguisée que l’avenir appartient à la jeunesse. Mais, quel avenir entendez-vous nous confier lorsque nos conditions d’études et d’insertion sont si calamiteuses ? Croyez-vous que vous seriez là aujourd’hui, dans les fonctions que vous occupez, si l’on vous avait traité de la sorte pendant et après votre formation ? Si vous voulez que nous prenions valablement la relève, il faudra veiller à nous en donner les armes en créant non seulement le cadre mais aussi les conditions d’une formation de qualité. Bien sûr, on nous dira que l’Etat ne peut pas employer tout le monde. Créez alors les conditions de l’émergence d’un secteur privé plus conséquent, voire d’un solide partenariat Etat-Privé. De même, l’on devra plus frontalement envisager la question de la réintégration ou de la reconversion des jeunes non scolarisés ou déscolarisés. Cela, en plus de participer au dynamisme de la société nous évitera pas mal de vices. Cela dit, je ne saurai achever mon propos sans m’adresser à vous, mes amis jeunes. (Les hourras en retombèrent d’un seul coup. Mais je n’en étais pas moins déterminé à être impartial. Il fallait absolument mettre chacun face à ses devoirs.) L’avenir nous appartient, dit-on. Mais est-ce avec le comportement  qu’on nous connaît que nous rendrons le futur radieux ? Sûrement pas. Arrêtons alors de donner raison à ceux qui nous traitent d’irresponsables et même de dangereux. Il est temps de faire preuve de plus de maturité. Quels sont ces élèves et étudiants qui œuvrent, avec une imagination parfois démoniaque, à démotiver ceux-là même qui ont à charge de leur inculquer le savoir ? Quels sont ces jeunes pour qui la violence est devenue le mode le plus usuel de communication ? J’ai mal de voir aujourd’hui des jeunes défier l’autorité et aller même dans certains cas jusqu’à s’y substituer. Quel avenir croyons-nous que nous nous définissons lorsque notre premier réflexe est de porter main à nos parents, à nos aînés, à nos compagnons ? Quel avenir croyons-nous qu’il y a dans la drogue, l’alcool, la prostitution, la criminalité, le vandalisme… et j’en passe ? Que gagnons-nous à nous attaquer à la moindre occasion à la chose publique alors que nous en sommes les premiers bénéficiaires ? Pourquoi nous plaignons-nous par exemple de l’irrégularité des bus quand nous sommes prêts à y mettre le feu à la moindre saute d’humeur ? A la vérité, c’est tout le système des valeurs qui est en train de s’effondrer. S’il n’est d’ailleurs déjà dans la poussière… Si nous aimons vraiment notre pays comme nous le prétendons tant, apprenons à faire preuve d’un peu plus de civisme. Réfléchissons une seconde avant d’exécuter tout ce qu’on nous demande et ne nous privons pas de faire usage en certaines circonstances de notre esprit critique. Arrêtons de servir de bétail électoral ou de « main d’œuvre » pour de sales besognes. Si demain nous ne voulons pas faire pire que ceux que nous critiquons aujourd’hui, c’est dès maintenant qu’il faut apprendre à bien s’orienter. La sagesse n’est pas une vertu qui rime forcément avec les cheveux blancs, car comme le dit Le Cid de Corneille : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années… » Donnons-nous donc de la valeur et on minimisera nos défauts… Bref, il faudrait que nous méritions qu’on nous passe le flambeau sinon, croyez-moi, nos aînés préféreront bien l’éteindre à défaut de ne plus pouvoir le porter. (Je pris quelques secondes pour reprendre mon souffle. Au bas du podium, les hommes en costume ne paraissaient plus vouloir m’en faire descendre. Dans le public même, ce que je lus dans les regards me sembla tout sauf de l’impatience a fortiori de l’antipathie.)
Nous serions encore ici demain si on voulait faire le diagnostic complet de nos maux. Néanmoins, je me devais d’en faire ressortir sans doute les plus saillants. Le bilan de notre cinquantenaire, c’est hélas cela. Il faut saluer bien sûr les efforts qui ont été faits et qui continuent d’être faits pour nous remettre dans le sens de la marche. Mais tout cela demeure fort insuffisant et il reste tant à faire. En gros, c’est à une prise de conscience collective que j’appelle les ivoiriens et l’ensemble des africains. Ayons à l’esprit que les clés de notre développement sont entre nos propres mains. Nous avons les faveurs de la nature presque partout sur le continent. Nous avons en plus aujourd’hui des ressources humaines à même de les mettre en valeur. Tâchons d’en tirer le meilleur parti pour réduire voire rattraper notre retard sur le progrès. Ne donnons pas raison à cet homme que j’ai entendu une fois dire que les africains ont été créés pour distraire le monde, car il n’y aurait que sur le plan culturel que nous ayons quelque chose à offrir. Tâchons de nous affirmer désormais sur d’autres plans. La Côte d’Ivoire des cinquante prochaines années doit absolument être aux antipodes de celle d’aujourd’hui. A l’horizon 2060, l’Afrique toute entière ne doit plus ressembler à ce fatras de vices, de fléaux et de calamités. Sinon, la rancœur de nos descendants nous rattrapera même dans nos tombes.
Je tiens enfin à signaler que tout ce que j’ai pu dire à ce micro n’est destiné à servir aucune cause politique. Je ne suis ni l’émissaire ni l’ennemi de personne. Mais je me devais en tant que porte-parole de la jeunesse de dénoncer tout ce qui hypothèque notre avenir, car j’espère pour ce pays des lendemains meilleurs. Pardon si j’ai un peu gâché la fête. Vive la Côte d’Ivoire indépendante. Vive l’Afrique. Je vous remercie.

Extrait de "Pour des lendemains meilleurs", in 50 ans d'indépendance de la CI en 10 nouvelles, Fratmat éditions, Abidjan, 2010.