lundi 5 août 2013

Sortir de la dépendance...




 
« Son excellence Monsieur le Président de la République, (Je citai ensuite tous les autres officiels.)… chers amis jeunes, (Une nouvelle envolée de hourras m’obligea à interrompre pendant quelques secondes mon propos.) c’est un honneur incommensurable pour moi de prendre la parole en ce jour anniversaire de notre pays. Notre chère Côte d’Ivoire a aujourd’hui cinquante ans et je me réjouis de tout l’engouement qu’il y a autour de cet événement. Cinquante ans dans la vie d’une nation, c’est un bel âge pour faire le bilan. Au-delà de toute cette atmosphère festive, il importe en effet de jeter un regard rétrospectif sur la marche de notre pays. C’est le lieu de saluer la mémoire du Père fondateur qui, à travers des choix certes pas toujours unanimes, mais judicieux et parfois pragmatiques, a jeté les bases d’une Côte d’Ivoire forte et prospère. (Le moment le plus important de mon discours était arrivé : là où les autres s’étalaient en dithyrambes à l’endroit du Président de la République, moi, j’allais passer à l’offensive.) Mais, qu’avons-nous fait de l’héritage du « vieux » ? demandai-je à brûle-pourpoint en haussant volontairement le ton. Qu’on m’excuse si je peux paraître rabat-joie, mais c’est pour trouver la réponse à cette question fondamentale que la jeunesse ivoirienne m’a donné mandat pour parler et agir en son nom. (La clameur qui s’éleva depuis le pont était sans précédent de toute ma mémoire de défenseur des droits. A l’inverse, les officiels assis à quelques mètres devant moi affichaient des mines inquisitrices.) Vous dites des jeunes de ce pays qu’ils sont irresponsables, qu’ils sont immatures, qu’ils sont fous… Tout cela est peut être vrai. Mais, ces qualificatifs ne valent-ils pas également pour vous ? (Echange de regards choqués aux premiers rangs contrastant avec la frénésie des jeunes. J’avais en tout cas décidé de profiter de cette tribune inespérée pour dénoncer avec la dernière énergie l’attitude trop souvent égoïste de nos dirigeants. Et ceux qui disaient m’apprécier pour ma courtoisie allaient devoir pendant un moment se faire à la manifestation – heureusement assez rare – de ma bête intérieure.) Croyez-vous être mieux que nous ? poursuivis-je, la langue plus débridée que jamais. Ne nous avez-vous pas appris ces dernières années que la conquête ou la conservation du pouvoir par tous moyens passait avant les intérêts nationaux ? D’ailleurs, puisque vous aimez tant faire de l’histoire, au moment où le peuple était inconsolable au soir du 7 décembre 1993, ne battiez-vous pas quant à vous tous les records olympiques de vitesse pour vous précipiter au palais vous disputer le pouvoir ? Qu’avez-vous ensuite fait du prestige, de la renommée de notre pays ? De terre de paix, nous en sommes bien arrivés aujourd’hui à une véritable jungle. Oui, en l’espace de quelques années, nous avons connu quasiment tout ce que ce monde renferme comme horreurs. Coups d’Etat, rébellions, conflits armés, escadrons de la mort, charniers, assassinats, enlèvements,… La liste, vous la compléterez vous-même. Tout ce pacifisme qui nous différenciait de tant de nations et qui nous valait le respect du monde entier s’est envolé d’un seul coup sans doute pour rejoindre son initiateur. Par vos actes, vous avez bien montré au Père fondateur de la nation que vous n’aviez cure de sa culture de la paix. Cela ne vous paraît-il pas en effet paradoxal qu’il existe un prix international pour la recherche de la paix du nom de notre premier Président et que justement le pays qu’il nous a laissé soit aujourd’hui en proie à des actes belliqueux ? Apparemment, vous n’avez pas encore eu le temps d’y réfléchir. Au contraire, pour vos intérêts personnels, vous ne savez faire des ivoiriens que des martyrs. Et pour nous qui avons la chance d’être encore en vie, l’avenir est on ne peut plus ombrageux. Avez-vous jamais appris que politique et humanisme sont deux notions qui ne s’excluent pas forcément ? Sinon, essayez à tout le moins de concilier vos fonctions avec l’intérêt suprême de la nation qui est censé les sous-tendre. Trop de sang a coulé pour rien dans ce pays. Et croyez-moi, le sang des innocents finit bien souvent, on a d’ailleurs pu le noter déjà sous d’autres cieux, par réclamer celui de ceux qui le répandent. J’ose espérer que dans notre cas, la guerre de laquelle nous sortons aura vu couler les dernières gouttes de sang que cette terre absorbera jamais aussi gratuitement. Ce cri de cœur est bien entendu valable pour ceux des Etats africains ici représentés où la violence est devenue le mode d’acquisition par excellence du pouvoir. Quant à ceux qui n’ont jamais fait la sombre expérience de la guerre, j’espère qu’ils s’en garderont à tout jamais, car il n’y a que ceux qui ont connu la guerre qui savent le mieux le prix de la paix. (Le conciliabule que je vis alors au bas du podium entre les préposés à l’organisation et les membres de la sécurité me fit me dire que mon temps de parole était certainement épuisé. Ou plutôt, c’est la trajectoire de mon propos qui dérangeait. Dans tous les cas, je n’entendais pas lâcher le micro sans avoir exprimé tout le fond de ma pensée. Là-dessus, les plus observateurs avaient sans doute remarqué que depuis la « déviation » de mon discours, j’avais abandonné mes papiers, ne parlant plus qu’avec le cœur. D’ailleurs, mes collaborateurs qui avaient une copie du texte initial devaient être plus que déroutés.)
Par ailleurs, votre insouciance sur le terrain politique influe plus ou moins directement sur les autres domaines de la vie de l’Etat. Qu’est en effet devenue notre économie ? De notre état de relative bonne santé financière dans les deux premières décennies de notre indépendance, nous en sommes aujourd’hui, sinon dans le coma, à tout le moins sous sérum. Comment en sommes-nous arrivés là ? Certes, et c’est l’argument qu’on nous brandit depuis des siècles, les grandes puissances et les organisations internationales y sont pour quelque chose. Cela a indubitablement une part de vrai et là-dessus, messieurs le Directeur Général du FMI et le Président de la Banque Mondiale ici présents, pour ne citer qu’eux, ne nous diront pas le contraire. Mais, nous peuple ivoirien et peuple africain en général n’en sommes pas plus excusables. Si on a réussi à nous mettre sur la potence, c’est parce que nous avons nous-mêmes fourni la corde, mais en plus gentiment offert le cou. A la lecture des divers accords économiques signés par nos Etats avec l’Occident, on a tous la même exclamation : quel manque de vigilance ! Ou tout simplement, que de manque de caractère, de réaction voire de bon sens ! Plus largement, si la mondialisation nous évite de vivre en autarcie en nous connectant au reste du monde et donc à l’évolution, il nous importe d’ouvrir davantage les yeux sur les pièges qu’elle recèle. Coopération d’accord, mais prudence d’abord. (Assis au second rang, monsieur le ministre français des affaires étrangères en fut saisi d’une brusque quinte de toux.) De nombreux Etats, notamment asiatiques, qui d’ailleurs étaient à la traîne il y a quelques décennies, ont pu s’en tirer à bon compte. Pourquoi pas nous ? Arrêtons maintenant d’accuser les blancs qui n’ont su que profiter de nos propres turpitudes. On va même jusqu’à rendre le bon Dieu responsable de nos malheurs…, observai-je avec un triste sourire. Il est temps de se remettre en cause, car les origines de notre marasme économique sont aussi et surtout endogènes. Que de ratés en effet dans la planification de nos stratégies de développement ! Comment voulez-vous que nos produits d’exportation acquièrent réellement de la valeur ajoutée si aucune politique viable d’industrialisation n’est pensée a fortiori mise en place ? J’ai mal de voir que les ivoiriens, premiers producteurs de cacao au plan mondial, achètent hors de prix les produits qui en dérivent alors que les occidentaux, dont plusieurs d’ailleurs n’ont jamais vu de toute leur vie une fève de cacao, bénéficient en la matière de conditions plus avantageuses. Par ailleurs, qu’est-ce qui nous empêche tant d’intensifier la coopération sud-sud ? De toute évidence, les pistes sont nombreuses pour nous remettre sur les rails de la croissance et en la matière je ne suis pas plus avisé que les éminents économistes que comptent nos pays. Mais trop d’idées ont été émises qui sont restées dans les tiroirs. Il est temps de faire preuve de plus de volonté. Et passer à l’action suppose que nous nous débarrassions au préalable de ce coriace adversaire qui nous maintient les mains dans le dos : j’ai nommé la corruption. (Les jeunes gens poussèrent de nouvelles clameurs tandis que mes interlocuteurs immédiats n’en finissaient pas de rajuster qui leurs cravates, qui leur position dans les fauteuils rembourrés. D’ailleurs, alors que j’allais entamer le développement du fameux sujet, je vis un homme en costume gravir lestement les marches de l’estrade pour foncer sur moi. Mais, persuadé qu’on n’oserait pas me jeter du podium devant toutes les caméras nationales et internationales qui retransmettaient la cérémonie en direct, je résolus de ne me soucier aucunement de cette intervention.)
- Monsieur, veuillez conclure, fit-il en se penchant à mon oreille, sur un ton qu’il voulait sévère.
Je n’allais sûrement pas m’arrêter en si bon chemin…
- La corruption est l’un des maux, sinon le plus grand mal qui gangrène non seulement notre économie, mais toute notre vie, martelai-je sans le moindre regard pour l’agent de sécurité qui, embarrassé, finit par redescendre sans doute pour aller chercher du renfort ou à tout le moins demander de nouvelles instructions. Et il nous appartient, vous les premiers, de tout mettre en œuvre pour éradiquer ce fléau. Trop de détournements de deniers publics, trop de rackets sur nos routes et à nos frontières, trop de pots-de-vin et de dessous-de-table dans nos administrations… Le tout sur un beau fond d’une impunité basée elle-même sur des immunités qu’on se forge bien trop souvent en marge des dispositions légales. Et la loi, Dieu seul sait si nos magistrats en sont vraiment les gardiens… enchaînai-je pour savourer ma petite victoire sur le service de sécurité.
Bref, au delà de ce tableau politico économique des plus sombres, le constat sans doute le plus alarmant réside au niveau social, car si le peuple est dans toute démocratie l’incarnation du pouvoir constituant originaire, les peuples africains en général ne servent que de souffre-douleur aux gouvernants. Comment pouvez-vous mépriser de la sorte ceux pour qui vous prétendez exercer le pouvoir ? (A défaut d’une réponse à cette question, j’obtins de nouvelles clameurs d’encouragement.) Essayez par moments de vous rappeler sinon la totalité, au moins l’essentiel vos promesses électorales. Ce peuple qui vous a donné mandat pour le diriger n’a sûrement jamais demandé le sort qui est le sien à l’échelle du continent. Ici, nous ne demandons pas la dolce vita, mais un minimum de dignité dans nos vies quotidiennes. Ici nous voulons vivre et non plus survivre. Arrêtez donc de vous servir du peuple au lieu de le servir comme vous le promettez sans cesse avec tant d’emphase. (Le volet social était à n’en point douter le plus préoccupant, car toutes mes phrases étaient à présent ponctuées de hourras des plus fanatiques.) Nous avons besoin de centres de santé non seulement en quantité, mais de qualité. Nous ne supportons plus, surtout dans nos campagnes, de voir mourir nos parents entre nos mains seulement parce que nous avons à les transporter sur des dizaines voire des centaines de kilomètres avant le premier dispensaire. Cela est inadmissible que seuls les fonctionnaires – et pas tous d’ailleurs – bénéficient d’une assurance maladie alors qu’en sont privés les paysans qui produisent plus de la moitié de la richesse nationale ainsi que les autres catégories sociales dont les artisans, les élèves et étudiants ; tous ces infortunés constituant d’ailleurs la quasi-totalité de la population nationale. Nous exigeons également davantage d’infrastructures dont prioritairement des routes, car comme on a coutume à le dire : « La route précède le développement. » Permettez à nos parents paysans d’écouler plus facilement leurs produits en désenclavant nos villages. Nos agglomérations ont besoin d’être approvisionnées en eau potable. Les maladies hydriques font beaucoup trop de victimes parmi nous pour que nous continuions à créer les conditions de leur propagation. Dans la même optique, nous revendiquons un environnement plus sain, car de tous les produits vitaux dont a besoin notre organisme, l’air est à n’en point douter le seul qui soit à la portée de tous. Organisez alors un enlèvement et un recyclage plus efficaces des ordures  ménagères et industrielles pour que nous ne respirions plus à longueur de journée ces horreurs nauséeuses. D’ailleurs, les immondices d’ordures n’ont rien de décoratif. Et si vous pensiez le contraire, c’est que vous manquez cruellement de goût. Nos villes et nos villages ont aussi besoin d’être électrifiés. Comment comprendre que nous ayons tant de barrages hydroélectriques pour ne citer que cela et que nous soyons pour la majorité encore à nous chercher dans le noir ? Pire, nous même qui nous croyions jusque là à l’abri des ténèbres devons composer aujourd’hui avec sans doute le pire délestage que notre pays n’ait jamais connu. D’autre part, et cela est incontournable, les enfants de Côte d’Ivoire veulent aller à l’école. (Après cette énième exigence, j’entendis malgré la relative distance me séparant de la lagune, des voix scander mon nom. Mon propos devait leur sembler un discours de campagne électorale. D’ailleurs, d’après les regards des dirigeants de partis politiques que je pouvais apercevoir, ceux-ci me considéraient certainement comme un hypothétique adversaire pour les futurs combats électoraux. Quoi qu’il en fût, je n’avais guère d’intérêt pour des postes susceptibles d’altérer mon jugement et mes convictions personnelles. Tout ce qui m’importait, c’était de remettre à la lumière du jour des questions qu’on tentait perfidement de faire basculer dans l’ombre.) « L’éducation, disait un sage, est la clé du développement humain et de la construction de l’avenir. Si riche que puisse être une nation, si ses citoyens ne reçoivent pas d’éducation, elle n’a pas d’avenir. » Il faudrait pour ce faire construire plus d’écoles et au surplus reformer le système éducatif lui-même depuis la maternelle jusqu’au supérieur pour une école plus performante. Que les acteurs du monde éducatif prennent leurs responsabilités. Que les professeurs par exemple se contentent d’assumer leur fonction d’enseignement au lieu de donner dans le mercantilisme. Mon neveu me confiait récemment qu’à l’oral du baccalauréat, l’un des examinateurs lui a proposé la note de 15/20 contre la somme de cinq mille francs. (Sur ces mots, des murmures houleux s’emparèrent de l’assistance.) Où est donc passé ce culte de l’excellence, de la méritocratie ? N’y a-t-il donc plus de place dans ce pays que pour le mieux offrant ? Quelle est donc cette école qui, plutôt que le temple du savoir, tend à en devenir celui de la médiocrité et de la complaisance ? Il faudra également trouver la meilleure adéquation possible entre la formation et l’emploi. Avez-vous idée du nombre de jeunes titulaires pour la plupart de diplômes universitaires, mais qui sont réduits, pour les plus vertueux, à exercer des métiers informels ? Vous en avez sans doute connaissance. Mais ce qui est certain, c’est que vous n’en avez cure. Vous êtes pourtant prompts à dire non sans une hypocrisie mal déguisée que l’avenir appartient à la jeunesse. Mais, quel avenir entendez-vous nous confier lorsque nos conditions d’études et d’insertion sont si calamiteuses ? Croyez-vous que vous seriez là aujourd’hui, dans les fonctions que vous occupez, si l’on vous avait traité de la sorte pendant et après votre formation ? Si vous voulez que nous prenions valablement la relève, il faudra veiller à nous en donner les armes en créant non seulement le cadre mais aussi les conditions d’une formation de qualité. Bien sûr, on nous dira que l’Etat ne peut pas employer tout le monde. Créez alors les conditions de l’émergence d’un secteur privé plus conséquent, voire d’un solide partenariat Etat-Privé. De même, l’on devra plus frontalement envisager la question de la réintégration ou de la reconversion des jeunes non scolarisés ou déscolarisés. Cela, en plus de participer au dynamisme de la société nous évitera pas mal de vices. Cela dit, je ne saurai achever mon propos sans m’adresser à vous, mes amis jeunes. (Les hourras en retombèrent d’un seul coup. Mais je n’en étais pas moins déterminé à être impartial. Il fallait absolument mettre chacun face à ses devoirs.) L’avenir nous appartient, dit-on. Mais est-ce avec le comportement  qu’on nous connaît que nous rendrons le futur radieux ? Sûrement pas. Arrêtons alors de donner raison à ceux qui nous traitent d’irresponsables et même de dangereux. Il est temps de faire preuve de plus de maturité. Quels sont ces élèves et étudiants qui œuvrent, avec une imagination parfois démoniaque, à démotiver ceux-là même qui ont à charge de leur inculquer le savoir ? Quels sont ces jeunes pour qui la violence est devenue le mode le plus usuel de communication ? J’ai mal de voir aujourd’hui des jeunes défier l’autorité et aller même dans certains cas jusqu’à s’y substituer. Quel avenir croyons-nous que nous nous définissons lorsque notre premier réflexe est de porter main à nos parents, à nos aînés, à nos compagnons ? Quel avenir croyons-nous qu’il y a dans la drogue, l’alcool, la prostitution, la criminalité, le vandalisme… et j’en passe ? Que gagnons-nous à nous attaquer à la moindre occasion à la chose publique alors que nous en sommes les premiers bénéficiaires ? Pourquoi nous plaignons-nous par exemple de l’irrégularité des bus quand nous sommes prêts à y mettre le feu à la moindre saute d’humeur ? A la vérité, c’est tout le système des valeurs qui est en train de s’effondrer. S’il n’est d’ailleurs déjà dans la poussière… Si nous aimons vraiment notre pays comme nous le prétendons tant, apprenons à faire preuve d’un peu plus de civisme. Réfléchissons une seconde avant d’exécuter tout ce qu’on nous demande et ne nous privons pas de faire usage en certaines circonstances de notre esprit critique. Arrêtons de servir de bétail électoral ou de « main d’œuvre » pour de sales besognes. Si demain nous ne voulons pas faire pire que ceux que nous critiquons aujourd’hui, c’est dès maintenant qu’il faut apprendre à bien s’orienter. La sagesse n’est pas une vertu qui rime forcément avec les cheveux blancs, car comme le dit Le Cid de Corneille : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années… » Donnons-nous donc de la valeur et on minimisera nos défauts… Bref, il faudrait que nous méritions qu’on nous passe le flambeau sinon, croyez-moi, nos aînés préféreront bien l’éteindre à défaut de ne plus pouvoir le porter. (Je pris quelques secondes pour reprendre mon souffle. Au bas du podium, les hommes en costume ne paraissaient plus vouloir m’en faire descendre. Dans le public même, ce que je lus dans les regards me sembla tout sauf de l’impatience a fortiori de l’antipathie.)
Nous serions encore ici demain si on voulait faire le diagnostic complet de nos maux. Néanmoins, je me devais d’en faire ressortir sans doute les plus saillants. Le bilan de notre cinquantenaire, c’est hélas cela. Il faut saluer bien sûr les efforts qui ont été faits et qui continuent d’être faits pour nous remettre dans le sens de la marche. Mais tout cela demeure fort insuffisant et il reste tant à faire. En gros, c’est à une prise de conscience collective que j’appelle les ivoiriens et l’ensemble des africains. Ayons à l’esprit que les clés de notre développement sont entre nos propres mains. Nous avons les faveurs de la nature presque partout sur le continent. Nous avons en plus aujourd’hui des ressources humaines à même de les mettre en valeur. Tâchons d’en tirer le meilleur parti pour réduire voire rattraper notre retard sur le progrès. Ne donnons pas raison à cet homme que j’ai entendu une fois dire que les africains ont été créés pour distraire le monde, car il n’y aurait que sur le plan culturel que nous ayons quelque chose à offrir. Tâchons de nous affirmer désormais sur d’autres plans. La Côte d’Ivoire des cinquante prochaines années doit absolument être aux antipodes de celle d’aujourd’hui. A l’horizon 2060, l’Afrique toute entière ne doit plus ressembler à ce fatras de vices, de fléaux et de calamités. Sinon, la rancœur de nos descendants nous rattrapera même dans nos tombes.
Je tiens enfin à signaler que tout ce que j’ai pu dire à ce micro n’est destiné à servir aucune cause politique. Je ne suis ni l’émissaire ni l’ennemi de personne. Mais je me devais en tant que porte-parole de la jeunesse de dénoncer tout ce qui hypothèque notre avenir, car j’espère pour ce pays des lendemains meilleurs. Pardon si j’ai un peu gâché la fête. Vive la Côte d’Ivoire indépendante. Vive l’Afrique. Je vous remercie.

Extrait de "Pour des lendemains meilleurs", in 50 ans d'indépendance de la CI en 10 nouvelles, Fratmat éditions, Abidjan, 2010.

lundi 17 juin 2013

Eléphants de Côte d'Ivoire, le rachat...

Comme l'aurait dit l'ivoirien lambda, "vous avez eu la chance..."
Une victoire pour se racheter aux yeux de l'opinion nationale et internationale et faire taire les remous du vestiaire, c'est, en tout cas, le moins qu'on pouvait exiger de nos pachydermes après les dernières frasques qui ont émaillé leurs rangs. Mais bon, revenons au sport - au foot, je veux dire, puisque la lutte en est également un...
Dans le langage journalistique, on aurait dit que les éléphants se sont fait respecter hier au Benjamin Mkapa National Stadium de Dar-es-salam. Pourtant, tout n'a pas été rose dans la rencontre qu'il nous a été donné de suivre. (Hé, ivoiriens ! Vous n'avez pas dit que vous ne voulez plus entendre parler des éléphants ? Dieu vous voit...) A commencer par cette entame de match catastrophique où nous prenons un but sur la première balle de jeu. Mais, comme bien souvent, notre machine a besoin d'un électrochoc pour fonctionner. Oui, si nous avions eu affaire à un adversaire du "1/3 monde footballistique", on aurait assisté au sempiternel jeu sans envie et sans effort des nôtres lorsqu'ils sont face à plus faible qu'eux. Ce n'était heureusement pas le cas hier. Et ce but matinal nous a fait prendre toute la mesure du défi, nous obligeant à mettre beaucoup plus de sérieux dans notre jeu. Pour preuve, cette analyse poste par poste de la prestation des acteurs d'hier, côté ivoire :

1/ Copa a comme d'habitude barri, Barry a été compact et a eu surtout le compas dans l'oeil au bon moment pour nous enlever bien des balles chaudes ;
2/ Zokora, alias "Maestro", nous a dédié du grand jeu, avec toute sa maestria tant dans son nouveau rôle de capitaine que dans son activité au sein de la défense axiale ;
3/ Bamba nous a certes un peu saoûlé au départ par ses loupés, mais, finalement, Souleymane banda les muscles et bomba le torse pour nous offrir une suite de match solide ;
4/ Serge Aurier a auréolé la partie d'une maîtrise technique et tactique fort édifiante pour un nouveau venu en sélection, glanant au passage quelques lauriers ;
5/ Boka a eu la noblesse du roi Arthur et la baraka d'une Bock Solibra (merci pour la pub!...) tout au long de la rencontre ;
6/ Serey, sérieux et serein, nous a livré un match appliqué, ratissant un nombre incalculable de balles ;
7/ Gosso Gosso s'est certes récemment illustré comme un gosse, mais a eu sur le terrain l'effet d'une gousse d'ail sur les attaques vampiriques des Taifas Stars ;
8/ Yaya à qui tout réussit dernièrement a justifié que son titre de ballon d'or africain n'a pas été usurpé ;
9/ Kalou, loin du salaud qu'il sait souvent être, nous a gratifié, avec la prestance du roi Salomon, d'un jeu de haute classe ;
10/ Yao Kouassi, avec la vitesse du moteur de recherche yahoo (merci encore pour la pub !...) a fait boire du viño aux défenseurs tanzaniens ;
11/ Traoré ne s'est pas privé de lanciner à bien des moments ses vis-à-vis, se révélant le digne successeur de la Drog' des défenses. .

Les remplacements effectués ont également porté des fruits. Pour preuve :
12/ Romaric nous a offert un jeu aussi haut perché que la position du romarin par rapport aux plaines kilimandjaroénnes;
13/ Giovani Sio a été aussi insurmontable que la montagne de Sion ;
14/ Bony Wilfried a bonifié le score en portant l'estocade à l'adversaire.

Que dire du coach Sabri Lamouchi qui, avec l'insolence du cabri et la ténacité de la mouche, s'est payé le luxe du coaching gagnant en fin de match en lançant dans la partie un attaquant - futur 4è scoreur ivoirien - là où tout coach ordinaire aurait plutôt renforcé sa base défensive ou à tout le moins son milieu défensif ?

On retiendra donc qu'avec un solide alliage d'expérience, de détermination et de réalisme, les éléphants ont réussi hier le rare exploit de remporter un match de cette envergure après avoir été menés au score. Mais tout n'est pas gagné. Au dernier tour qualificatif pour le mondial de 2014, il faudra non seulement confirmer le rang de premier africain - qui tend, il est vrai, à nous servir d'oreiller - mais aussi gagner en termes de qualité de jeu. Car, à ce mondial, il sera question de passer pour une fois la phase de poules et non aller nous balader sur les plages brésiliennes...

Bon, on se quitte avec le résumé de ce beau et grand match...

 


vendredi 14 juin 2013

Ma bougie en mode "grasse matinée"...


Un an qu'il existe, mon blog... (Bon, un peu plus quand même. Depuis le 8 mai plus exactement !)
Je sais pas trop ce que vous en pensez, mais moi je me suis franchement régalé. C'est vrai que je l'ai créé au départ plus dans un souci de détente et d'amusement que pour y développer des sujets sérieux. Puis, l'appétit variant en mangeant, j'ai fini par y voir un tremplin inspirationnel - permettez le mot. Le point de rencontre des différentes personnes en moi. (D'où la phrase d'accueil... Salut, Descartes !) Se sont ainsi succédé au clavier le juriste, le comptable, le sportif, le politologue, le "néo-journaliste" (Ah, quelle grande gueule, celui là !), le littéraire pur et le littéraire-humoriste (Je soupçonne ces deux privilégiés là d'être frères jumeaux...), et peut-être des personnages que j'oublie de citer ici...
Pour tout vous dire, ce blog est plus important pour moi aujourd'hui que je ne l'aurais imaginé au départ. C'est ma fenêtre ouverte - même lorsque je ne suis pas là - sur le monde, sur mon monde immédiat et médiat. C'est à travers cette simple interface que je mesure moi-même la densité de ma réflexion et la diversité des réactions qu'elle est à même de susciter. Au passage, merci pour vos commentaires - même si j'ai remarqué que vous préférez les poster sur Facebook plutôt que de le faire directement sur le blog.
Pour l'avenir, je promets de concilier au mieux l'animation de cet outil d'échanges avec les exigences de mes vies familiale et professionnelle. Et souhaitons que je sois toujours autant inspiré...
Bon allez, soufflons cette bougie qui a un peu trop dormi !

lundi 18 mars 2013

CIE : on est au courant de votre survie...


On se croyait autosuffisant en matière d'électricité. Au point même de s'imaginer qu'on en distribuait tout autour de nous... Mais on était visiblement mal informés. 
Les coupures intempestives d'électricité - sur fond de cris stridents et agaçants de stabilisateur - font désormais partie de notre quotidien. Bonjour les pannes d'appareils - dont on sait justement que l'acquisition coûte aujourd'hui presque les yeux et leurs orbites. Et cela encore c'est si on a la chance que le retour - généralement en force - de l'électricité ne nous crée un joli petit court-circuit pour nous donner d'assister à l'agréable spectacle de notre patrimoine en train de partir en fumée. Mais la perte de biens matériels n'est sans doute que peu de chose à côté des galères physiques que l'on peut endurer : j'ai nommé les montées de chaleur et leur avalanche de dégâts cutanés, surtout pour les enfants - oh! les pauvres chéris -, suite aux coupures nocturnes. Bien plus, il faut prier pour ne pas que, au moment où l'électricité prend congé, votre vie - ou celle de l'un des vôtres - ne dépende de quelque appareil médical en marche.
Le constat est donc des plus amers aujourd'hui. 2013 ! Alors que nous sommes engagés sur la pente de l'émergence, l'obscurité nous rattrape. Plus de différence aujourd'hui entre ceux qui ont un compteur électrique et ceux qui n'en disposent pas. C'est vrai que déjà, il y a quelques années, nous avions tous déploré la vague de délestage subie par le réseau électrique national. A l'époque on avait même réclamé des têtes, tellement la population supportait mal de vivre en ce 3è millénaire une vie précoloniale. Et alors qu'on croyait tous ces désagréments derrière nous, bis repetita... (Paragraphe spécialement dédié aux pro X et pro Y qui pensent que les erreurs de parcours n'arrivent qu'aux autres, en oubliant curieusement qu'à la fin nous souffrons tous.)
Une chose est certaine : sur la question de la qualité de vie, la population n'est vraiment pas intéressée par les questions de Pierre ou de Paul. Elle exprime des besoins, elle aspire à un minimum de bien-être et elle ne demande qu'à être satisfaite. Autant elle n'hésite pas à applaudir l'adversaire politique qui lui fait du bien, elle ne se gêne donc pas pour blâmer le leader tortionnaire. En l'occurrence, elle veut être alimentée comme il se doit en électricité pour ne plus avoir à souffrir physiquement et matériellement. De plus, le défaut d'électricité est préjudiciable pour la bonne conduite des affaires de l'Etat lui-même. On a donc tout à gagner au rétablissement de la fourniture électrique existante et même à son optimisation.
Est-il besoin de rappeler que nous ne prétendons pas préconiser ici des remèdes aux décideurs et autres acteurs mieux éclairés (au propre comme au figuré). Dites donc aux gouvernants qu'au delà des propos rassurants, nous voulons voir des solutions concrètes sur le terrain. (Avant que, par l'effet de l'opportunisme commercial, nos boutiquiers ne décident par exemple de décupler le prix de la bougie, notre plus fidèle compagnon du moment...) Et aux têtes éclairées de la CIE, rappelez qu'elles devraient d'abord songer à remplir leur contrat avant de prétendre à la hausse des profits qu'elles peuvent en tirer. Sinon, il serait peut être temps qu'elles passent la main...
PS : C'est vrai que deux super héros pour couvrir 322 462 km2, c'était un peu limite. Pub à refaire donc...

lundi 11 mars 2013

La CAF : nouvel Etat africain ?


Petit rappel de droit constitutionnel, 1ère année : les éléments constitutifs de l'Etat sont le territoire, la population et le pouvoir politique...
Vu les dernières nouvelles - et même avant, il est vrai - dans la gestion de la CAF, il ne serait pas fortuit, en effet, de se demander si notre chère confédération ne remplit pas les conditions juridiques de création d'un Etat. Primo, la condition du territoire est facilement remplie car, étant une instance continentale, la CAF peut prétendre avoir pour territoire ceux de tous ses Etats membres réunis, donc celui du continent. Secundo, s'agissant de la population, elle peut également revendiquer la population footballistique du continent. (Et Dieu sait combien les peuples sont passionnés de foot sous nos cieux.) Tertio, là où la CAF ressemble vraiment à un Etat africain, c'est lorsqu'il s'agit de vérifier si la condition du pouvoir politique est remplie. Alors là, croyez-moi, les choses sont encore plus aisées à établir. En effet, à la tête de l'instance se trouve un Président ressemblant trait pour trait à ses homologues... pardon, aux chefs d'Etats africains. Cette ressemblance, il faut la voir tant au niveau physique (c'est vrai qu'ici, les dirigeants ont presque tous vu au moins l'une des deux guerres mondiales) qu'au niveau de la gestion même du pouvoir (ceci expliquant cela, s'ils ont tous des têtes d'ancêtres c'est parce qu'une fois parvenus au commandement suprême, ils s'y accrochent avec toute la fougue d'une sangsue).
Si on récapitule donc, la CAF a bel et bien tout pour être un Etat - fédéral ou confédéral en l'espèce. (Ne me demandez pas quelle en serait la capitale.) Avec à sa tête l'éternel Président Ah! yatou. Oui, que ne suis-je pas surpris d'entendre encore aujourd'hui ce nom que je connais depuis mon enfance ! Ah! yatou... A croire qu'à part ce bonhomme, personne d'autre ne peut apporter son expérience au foot africain. Tout dans sa gestion rappelle celle d'un chef d'Etat africain : phobie de la contradiction, intéressement de l'entourage immédiat (pour briser les velléités de candidature), art du tripatouillage des textes, et j'en passe. En tout cas, ce n'est pas le pauvre Jacques Anouma qui me contredira sur ce dernier point quand on se rappelle comment il a été soigneusement écarté de la dernière course à la présidence de la confédération. (En même temps, faut rappeler qu'il n'a pas été beaucoup soutenu déjà chez lui... Bon, ce qui est fait est fait, dit-on.) Toujours est-il qu'au moyen d'un tour de passe-passe dont lui et ses sbires seuls ont le secret, voilà Aaaaaaaah! yatou en train de briguer un 7è mandat après s'être offert le luxe d'une candidature unique en ce 3è millénaire. 
Sans vouloir revenir ici sur l'incongruité d'un texte juridique qui, relativement à la question du mandat, ne l'a limité que quant à l'âge (j'ai nommé les statuts de la CAF), il serait temps que les africains arrêtent de se ridiculiser de la sorte devant la face du monde. (Du monde? Peut-être pas, finalement, quand on passe également au scan les agissements de Blatter. D'ailleurs, je soupçonne ces deux là d'être les meilleurs amis du monde.) Et pour pousser la moquerie à son comble, le monarque de Garoua osera se justifier en ces termes : "Je voulais partir, mais mon équipe m’oblige à rester. Nous formons une équipe depuis plus de 25 ans, c’est dans cet esprit que j’ai accepté de me représenter (...) Et cette fois, ce sera mon dernier mandat."

Un conseil : étant donné que c'est ton dernier mandat (enfin, si tu changes pas encore les textes ou si tu t'offres pas un nouvel acte de naissance), je te suggère, pour échapper à la dépression qui suit généralement la perte du pouvoir, de retourner au pays pour titiller Paul Biya sur le terrain politique. Avec vos deux expériences en dictature, ça promet un combat de titans...

mardi 5 mars 2013

Lettre d'un pécheur



Cette lettre m'a été inspirée il y a quelques années, juste après que j'aie vu le film "La passion du Christ". Tu parles d'une remise en cause !...


Seigneur,
Tu sais mieux que quiconque à quel point je me suis détourné de ton chemin. D’ailleurs, depuis le départ, étais-je vraiment sur ton chemin ? Le chemin de la vie était-il celui que j’empruntais ? Pour tout te dire, je n’ai jamais su ce que je faisais. Et même quand je me disais par le passé que je faisais ton œuvre, j’en arrive à en douter aujourd’hui. Alors, ai-je perdu mon temps à ce point ? « Mon peuple périt par manque de connaissance », dit ta sainte parole. C’est pourquoi je te prie de ne pas permettre que je parte de ce monde sans t’avoir réellement connu et surtout sans t’avoir réellement servi. Ouvre-moi les yeux, mon Dieu. Sors-moi je te prie de ces ténèbres qui voilent, pour que je ne m’en rende pas compte, le chemin de la perdition sur lequel je me sens engagé. Est-ce à cette situation que tu m’as destiné ? Suis-je venu sur cette terre pour ne rien faire qui puisse glorifier ton saint nom ? Tu m’as révélé que non. Mieux, tu m’as fait connaître ta parole. Et je crois qu’il y a un moment où je savais ce que valait la Bible, ce que pesaient les mots qui y sont consignés. Alors, que m’arrive-t-il à présent ? Pourquoi cette faiblesse ? Pourquoi ai-je perdu tous ces repères ? Le diable est peut-être plus fort que moi, mais face à toi il est absolument insignifiant. C’est pourquoi je te prie... je te supplie de transcender tout ce que tu peux avoir comme reproche à me faire. En vertu de ta miséricorde et de ta bonté infinie, pardonne-moi mes fautes. Lave-moi afin que je sois sanctifié de corps, d’âme et d’esprit. Relève-moi par la force du Saint-Esprit pour que plus jamais je ne faiblisse devant la tentation. Rallume en moi cette flamme spirituelle qui me faisait résister à tant d’épreuves. Que le respect de tes préceptes soit mon seul leitmotiv. Redonne-moi la dynamique de ton œuvre afin qu’après mon passage sur cette terre, on retienne de moi quelque chose de positif. Exauce ma prière et surtout montre-moi la voie à suivre... Amen !

lundi 4 mars 2013

Real vs Barça : l'après-match...

 
Samedi 02 mars 2013...  
Santiago Bernabeu, théâtre de la confirmation d'une nouvelle donne dans le paysage du foot espagnol. Et pour cause, après avoir dicté sa loi à la "maison blanche" depuis le début de l'ère Guardiola, les blaugranas confirment le malaise qui s'est emparé de leur jeu jusque là si adulé. Deux clasicos en une semaine et deux défaites pour les amis d'UNICEF... Sans minimiser la qualité du jeu madrilène et même si déjà l'an dernier le Real avait créé la surprise en s'adjugeant la coupe du roi, l'exploit réalisé la semaine dernière est tout simplement époustouflant...
Je vous emmène faire un tour dans les deux vestiaires à l'issue du match.

Dans le camp madrilène...
"Oyé , oyé, oyé, oyé... Mourihno, Ronaldo... oyé , oyé, oyé, oyé...Özil , Higuain..."
- Non, mes petits, vous m'avez fait plaisir... félicite le special one à la fin du chant de triomphe. Ils n'ont pas dit qu'ils peuvent...
- Cotcha, ce qui va me kill même c'est quand je les ai vus à la fin du match faire palabre avec l'arbitre, confie Ramos, le capi du jour. Ils sont tombés oh.
- Faut les laisser, les maudits comme ça, c'est penalty ils veulent. Tellement que ça chauffait sur eux, ils ont prévu des cours de plongée sur gazon.
Sur ce, tout le vestiaire éclate de rire.
- Mon petit, prends mes 5, dit Mourinho en tendant la main à CR7. Bon, les autres, excusez moi hein, mais reconnaissez que quand Ronaldo est rentré, le match a complètement changé.
- Haï coach, nous même on est au courant. Quand ils voient Ronaldo seulement, leur cœur est mort. Surtout le vaurien de Valdes là... se résigne Arbeloa face à la solidarité portuguaise.
- Non, je vous en prie, c'est la victoire de tous, dit Cristiano, faussement modeste.
En réalité, c'est bien ce qu'il avait envie d'entendre : des propos dithyrambiques. Et le fait d'avoir été décisif lors des deux rencontres le rend ivre de bonheur. Surtout que, dans le même temps, son rival de tous les jours, le fameux Messi a été aussi transparent qu'une tenue de gala de Rihanna.
- Et puis mon petit Varan, hé pardon, Varane, tu vas teuh. Tu sais que c'est comme ça que j'ai commencé ? confie Carvalho. Tu seras un grand parmi les grands.
- Donc toi tu es un grand quoi ? se marre Pépé. C'est que moi je suis un géant. Tu as vu ma passe de l'extérieur du pied gauche ? Même au milieu, je fais mal...
- Hé, on est foutus aujourd'hui. Pour une fois que Pépé a délivré plus de passes que commis de coup-francs, commente Xabi Alonso.
- Donc tu veux dire quoi ?
- Bon, vous là attendez, on m'annonce que le Prési arrive, prévient Mourinho.
Quelques secondes après, la porte s'ouvre sur la mine hilare de Florentino Perez. A sa vue, tous les joueurs et le staff entame le fameux "Prési, Prési" des ambiances chaudes de vestiaire.
- Calmos, calmos. Les gars, je suis tellement fier que je vais pas parler beaucoup aujourd'hui. On s'en fout, même si on gagne pas le championnat ou la champions league. Mais couleur que vous venez de montrer aux gens là me plaît trop. On va voir où ils vont faire bouche maintenant. O. K. Donc en plus de vos primes, chacun a 100 000 pesos, annonce-t-il.
- "Wouhoooooooooooooo" explose le vestiaire comme si l'équipe venait de marquer un nouveau but.
- Bon, le coach et Ronaldo, après la conférence de presse cherchez à me voir, ajoute le Prési avant de prendre congé.

Au même moment, dans le camp barcelonais...
On est loin, très loin de l'habituelle ambiance festive d'après-manita. Et sur les mines s'affiche l'air maussade des mauvais jours.
- Vraiment, les gars, c'est dans quel problème vous m'avez mis là ? Façon Tito est allé se soigner aux States là, vous allez faire les gens vont dire que c'est moi qui vaux rien.
Les joueurs ne bronchent pas face à cette vision on ne peut plus égocentrique de la défaite.
- Deux défaites en cinq jours ! Non, c'est trop... poursuit le coach intérimaire. Et puis ce qui me fait mal, c'est qu'ils nous ont tapé chez eux comme chez nous. Demain on est mort avec les journaux...
- Si c'est ça là seulement, faut laisser coach. Avec les journalistes, tu fais bien oh, tu fais mal oh, s'ils veulent te critiquer, ils vont pas se gêner, répond le portier sur un ton ronchonnant.
- Toi là tu n'as pas dit que tu es bête ? l'apostrophe Piqué. Quand on parle des trucs sérieux, tu t'amuses.
- Hé, mon ami faut me respecter hein. Si c'était pas à cause de ballon là, si on se croisait dans la rue, tu allais m'appeler tonton, s'énerve Valdes.
- Oh, vas là-bas ! Donc c'est parce que tu es âgé que tu laisses les gens nous marquer beaucoup beaucoup là...
- Et toi? C'est quand ta pinhoun là te fait tourner les reins que tu oublies comment on défend, non ?
- Respecte ma femme hein, tu as compris ? s'énerve l'époux de la diva colombienne en se levant. Si tu es jaloux là, faut dire.
- Oh, assez! interrompt le coach adjoint. Vous n'avez pas honte? On dirait deux gamins... On vous dit que l'heure est grave et vous n'avez rien d'autre à faire que vous chamailler. Je n'aime pas ça, hein.
- Ce qui est sûr, toi là tu oublies que sur le terrain tu me donnes dos... prévient Valdes le ton plus bas en allant se rasseoir, l'air menaçant.
Le vestiaire est du coup envahi de murmures houleux.
- Silence! Je vous ai pas encore donné la parole... Vous êtes sur le terrain et vous oubliez les gestes même les plus basiques. Et puis toi Adriano là, c 'est comme ça qu'on t'a appris à plonger?
Tête basse, le jeune homme ne dit mot.
- On t'a jamais dit que quand on tombe, on le fait en pro ? Et puis je t'ai remarqué hein, on dirait que quand on te parle ça rentre ça sort. On t'a jamais dit qu'on crie en tombant pour que l'arbitre de touche entende ? Tu sais pas que c'est comme ça qu'on obtient nos penaltys depuis le temps des Ronaldinho ?
- En tout cas coach, moi j'ai crié dèh. Peut être que c'est l'arbitre qui n'entend pas bien... justifie le simulateur du jour.
- Tu veux qu'il entende comment si tu cries comme femme ? intervient le vétéran Puyol.
- Hééé, toi faut enlever pour toi dedans dèh ! D'ailleurs même pourquoi tu n'as pas joué aujourd'hui ? C'est pas parce que petit Di Maria là a cassé tes reins la dernière fois devant tout le monde ?
- Hé Dieu ! Les enfants là sont devenus impolis hein ! jure l'homme à la perruque naturelle. C'est pas grave. A la fin de la saison là, tu vas plus me voir.
- Je m'en fous.
- Oh, c'est bon. Mais, vous êtes quelque chose hein... Vous perdez un match et puis au lieu de vous remettre en cause, c'est palabre vous savez faire. Vraiment, vous me décevez.
- Bon coach, si tu n'as rien d'autre à dire, moi je me casse, dit Messi qui jusque là semblait ailleurs. J'en ai, ma claque et puis tu dis rien de bon depuis là, ajoute-t-il en se levant, prenant déjà la direction de la porte.
- Wè; faut partir même. Tu te prends pour qui ? s'insurge Iniesta. Tu te crois plus important que qui ici et puis c'est toi qui sors avant le coach ?
- Oui, tu crois que tu n'es pas autant responsable que nous de la défaite ? complète Xavi. Tout le monde sait ici que tu n'es plus efficace depuis que tu as eu enfant.
- Bon, mes amis, allez faire vos palabres de ballon d'or là ailleurs, interrompt le coach. Nous tous on sait que c'est à cause de ça vous deux là vous mettez vos bouches sur le petit. Moi même à qui il a manqué de respect là, j'ai même pas encore parlé... Et puis à propos, ajoute-t-il à l'endroit de Messi qui avait déjà la main sur la poignée de la porte, si tu continues de jouer comme ça, sois sûr que c'est ton dernier ballon d'or tu as eu cette année là.
- Je m'en fous, répond-il vertement avant de claquer la porte, songeant déjà avec colère à l'image d'un Cristiano en train de recevoir le fameux trophée.
A sa suite, les autres sortent, boudant le coach intérimaire.

Pendant ce temps, dans les rues madrilènes, c'est une effervescence digne d'un sacre mondial. L'ennemi juré vient de mordre la poussière. Et il risque de rester longtemps étalé...